UBER - La prochaine étape (qui n'est pas dans les cours)
1. Le paradoxe de la valorisation d'Uber
Uber s'échange à environ 14,3 fois les bénéfices attendus pour l'année prochaine, avec une croissance prévue des flux de trésorerie de 25 % et un important programme de rachat d'actions prévu. C'est environ la moitié du multiple de valorisation des autres grandes valeurs technologiques de croissance.
le marché commet une erreur en considérant l'essor des véhicules autonomes comme un risque existentiel pour Uber, alors qu'il s'agira en réalité d'un puissant accélérateur de croissance.
2. Le mythe de la concurrence "Tesla vs Waymo"
Le marché craint la puissance financière d'Alphabet (Waymo) et la volonté d'Elon Musk d'écraser le secteur avec son projet Cybercab. La croyance populaire veut que les utilisateurs abandonnent Uber pour passer directement par les applications propriétaires de Tesla ou Waymo.
Je ne crois pas ce scénario pour 2 raisons principalement:
La commodité avant tout : Pour la majorité des clients, la priorité absolue est d'avoir une voiture rapidement et à un prix raisonnable.
Le réseau disposant de la plus grande liquidité (le plus de clients et de véhicules) restera l'application par défaut que les gens ouvriront. L'autonomie permettra de capter une nouvelle clientèle (personnes réticentes à l'idée de
monter avec un chauffeur inconnu) et de rendre économiquement viable la livraison de marchandises qui ne l'est pas aujourd'hui.
La gestion des capacités inutilisées : Même si Tesla ou Waymo préfèrent le canal direct, une voiture autonome vide ne rapporte rien. À l'image des compagnies aériennes qui vendent leurs sièges restants via Expedia, les gestionnaires de flottes auront tout intérêt à lister leurs véhicules sur Uber pour maximiser leur taux d'utilisation.
Il existe tout de même un scénario très risqué pour Uber qu'il convient de reconnaître : Waymo rachète Lyft.
3. La stratégie d'agrégateur de demande (Le modèle "Expedia")
Le PDG d'Uber, Dara Khosrowshahi, est l'ancien dirigeant d'Expedia. À l'époque, on craignait que les hôtels et compagnies aériennes ne vendent qu'en direct sur Internet, court-circuitant Expedia. Or, Expedia est resté le grand agrégateur du marché.
Dara Khosrowshahi applique exactement la même stratégie avec Uber :
Uber se positionne comme un modèle "Asset Light" (léger en actifs). L'entreprise ne construit pas de voitures, mais agrège l'offre et la demande grâce à sa base de 190 millions d'utilisateurs actifs mensuels.
Uber a noué de nombreux partenariats mondiaux (par ex. WeRide au Moyen-Orient, Avide à Dallas, Pony AI en Asie, Volkswagen, et un accord de 20 000 véhicules avec Lucid/Gatik).
L'alliance clé est celle avec Nvidia, dont l'architecture permet à n'importe quel
constructeur traditionnel (Mercedes, Cadillac, etc.) de rendre ses véhicules autonomes "clés en main". Tous ces constructeurs se tourneront naturellement vers l'écosystème d'Uber plutôt que de créer leur propre application.
4. Un impact financier massif sous-estimé
Le marché ne réalise pas à quel point le passage aux véhicules autonomes va faire exploser les marges d'Uber en réduisant ses coûts passifs :
L'assurance : Actuellement, Uber assure les trajets en interne (ce qui pèse lourdement sur ses revenus). Avec les véhicules autonomes, les lois imposent souvent que l'assurance soit prise en charge par l'exploitant ou le propriétaire du véhicule, retirant environ 30 %
des coûts de commission (take rate) d'Uber.
Les incitations aux chauffeurs : L'absence de chauffeurs humains supprime les primes de forte demande (surge pricing incentives), qui représentent environ 25 % des coûts d'Uber.
En éliminant plus de la moitié de ses dépenses opérationnelles directes, Uber pourra baisser ses tarifs globaux tout en générant des marges nettes bien plus élevées qu'aujourd'hui. Si les prix baissent, les volumes (l'usage) va augmenter.
5. L'implication de Bill Ackman
Bill Ackman (Pershing Square) détient une position massive de 30 millions d'actions Uber, ce qui représente environ 16 % de son portefeuille déclaré.
Le prix d'achat moyen d'Ackman se situe entre
65 et 72$. Si l'action devait rechuter vers ces niveaux, il est fort probable que Pershing Square s'active de manière agressive (dépôt de formulaire 13D) pour réclamer un siège au conseil d'administration, ce qui constituerait un solide filet de sécurité pour les actionnaires.
Conclusion
L'année 2026 est un point d'inflexion crucial. Dès qu'Uber commencera à publier des indicateurs de performance (KPI) concrets sur la part des trajets autonomes effectués sur son application lors de ses rapports financiers (plutôt que de simples communiqués de presse), le sentiment global du marché s'inversera brutalement en sa faveur.
Je suis actionnaire de Uber. Je suis donc bullish par conviction.
Je suis aussi actionnaire de Lyft (1/3 du montant alloué à Uber) car c'est une entreprise bien gérée et ils peuvent probablement être une proie pour Waymo lorsque la concentration du secteur aura lieu.