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000660XKRX:000660SK hynix Inc.

🏆 SK Hynix - trop tard pour y aller?

AAntoineV
27 novembre 20252880
Données boursières

Ticker : 000660

Cotation : Korea Exchange (XKRX)

Capitalisation : 291 milliards $

Secteur : technologique

Industrie : semi-conducteurs

Le marché

Le marché des semi-conducteurs est décomposés en 3 grandes catégories : les puces logiques (CPU, GPU, …), les puces analogiques (qui captent les signaux physiques du monde réel) et les puces mémoire.

On comprend facilement pourquoi le marché de la mémoire est amené à croitre. Il y a de plus en plus de données produites et ces données doivent bien être stockées. Cependant il faut faire la distinction entre type de mémoire. Il faut en effet distinguer la mémoire vive (DRAM pour Dynamic Random Accessory Memory) de la mémoire de stockage. Et au sein de la mémoire de stockage, il faut distinguer la mémoire HDD (disques durs à l’ancienne qui repose sur une technologie de plateaux et de tête électromagnétiques) et les puces mémoire NAND (technologie apparue à la fin des années 1980 et qui sert aux PC et téléphones portables car plus rapide, plus compacte et moins consommateur d’énergie).

Pourquoi y a-t-il des mémoires différentes ? C’est une question de vitesse d’accès. Bien que l’accès à la mémoire de stockage soit très rapide sur les puces NAND (de l’ordre des micro-secondes), elle reste 1000 fois plus lente que la mémoire DRAM dont l’accès par le CPU/GPU est de l’ordre de quelques nanoseconde. Or pour des tâches complexes, le CPU/GPU a besoin d’un accès ultra-rapide à de nombreuses données et va stocker temporairement sur la DRAM, les données dont elle va avoir besoin. A noter qu’il existe également la mémoire cache qui est de la mémoire DRAM intégrée dans la puce logique (CPU, GPU). On peut illustrer les différents type de mémoire par l’analogie suivante :  considérons que le CPU est un cuisinier, on pourrait dire que la main gauche du cuisinier est la mémoire cache, le plan de travail est la mémoire DRAM, les placards derrière le cuisinier correspond à la mémoire NAND tandis que le cellier correspond à la mémoire HDD. A noter que la mémoire DRAM est volatile et disparait quand il n’y a plus de courant tandis que la mémoire NAND ou HDD est non volatile et conserve les données même quand l’ordinateur est éteint.

Le marché du HDD est en déclin. Il est dominé par un oligopole composé de Seagate, Western Digital et Toshiba. La technologie subsiste parce que les gros data-centers utilisent encore cette technologie pour les données peu utilisées (cold data) comme les archives ou la vidéo-surveillance. C’est en effet moins cher que la NAND bien que moins performant. Le CAGR du revenu sur les 15 dernières années est stable voir négatif.

Le marché de la NAND a lui explosé avec l’arrivée des téléphones portables et le remplacement de la technologie HDD. Sur les 15 dernières années le CAGR du marché de la NAND a oscillé entre 10 et 15%.

Enfin, le marché de la DRAM a lui aussi explosé bien que moins que la NAND. A première vue, on pourrait se demander pourquoi. Après tout, on ne stock rien dans de la mémoire DRAM. Plusieurs explication à cela :

  • A mesure que les ordinateurs deviennent de plus en plus puissants, ils utilisent aussi de plus en plus de mémoire vive. C’est la loi de Jevons.

  • Le marché du smartphone et des jeux vidéos est très gourmands en mémoire vive.

  • L’augmentation du volume de données et l’utilisation de logiciels en mode SaaS nécessite beaucoup de mémoire DRAM.

  • Le Streaming qui utilise la mémoire DRAM.

  • L’IA que ce soit pour entrainer les modèles d’IA ou pour son utilisation nécessite beaucoup de mémoire DRAM.

  • Enfin l’internet des objets et notamment la voiture autonome nécessitent également beaucoup de mémoire DRAM.

Le CAGR du marché de la DRAM sur les 15 dernière années a oscillé entre 5 et 8% mais s’est accéléré très récemment.

On voit donc que la demande en puces mémoire (NAND et DRAM) bénéficie de plusieurs méga-tendances. Elle devrait même résister à un effondrement démographique puisque certains gourous de la Silicon Valley envisagent de télécharger leur cerveau dans le cloud.

Cependant la mémoire est une commodité. Le fournisseur importe peu et la différenciation va se faire sur les prix ce qui pousse à la guerre des prix. Alors que la quantité de mémoire demandé est structurellement orienté à la hausse, les prix sont structurellement orientés à la baisse. L’effet prix atténue l’effet volume ce qui réduit la croissance même si celle-ci reste très solide. C’est aussi une industrie très cyclique (surtout pour la DRAM). En haut de cycle, les prix peuvent être très haut ce qui va pousser à des méga-investissements pour répondre à cette demande. Cela entraine des surcapacités et des chutes de prix qui peuvent dépasser les 50% sur une année.

La clé du succès dans ce secteur reste la capacité à augmenter le rendement. En effet, la fabrication d’une puce mémoire est un processus long et complexe. Un micro accident dans le processus de production et l’ensemble du wafer (galette de silicium sur lequel sont gravées les puces) doit partir à la poubelle. La clé est donc d’améliorer le rendement. Cela dit, le processus de fabrication d’une puce mémoire reste plus simple que celui d’une puce logique avancée. Le rendement sur les puces mémoire atteint souvent 90 à 95% ce qui beaucoup plus que les taux de 60 à 80% que l’on observe pour les puces logiques les plus avancées.

Toutefois, nous verrons plus loin que pour les besoins de l’intelligence artificielle, les puces mémoire les plus avancées échappent pour le moment à la malédiction du marché de commodité. Les clients s’arrachent ces puces et les prix augmentent en conséquence.

La durée de vie physique d’une puce mémoire NAND est de 5-7 ans contre 8-10 ans pour une puce DRAM et 7-10 ans pour un disque HDD. Cependant la durée de vie économique est de 3-5 ans pour les puces DRAM ou NAND et 5-7 ans pour un HDD. En effet, pour rester compétitive en performance et en efficacité énergétique, les data-centers ont tendance à remplacer les puces avant leur fin de vie physique (c’est valable aussi pour les CPU et GPU).

Le marché des DRAM est un oligopole fermé, celui des NAND est plus ouvert.

Le marché des DRAM compte 3 acteurs principaux qui représentent 90 à 95% du marché. 2 entreprises coréennes :  Samsung (environ 40% du marché) et SK Hynix (environ 35%) et une rescapée américaine avec Micron Technology.

Le marché de la NAND compte 6 acteurs. Les deux coréens Samsung (environ 30% des parts de marché) et SK Hynix (environ 20% des parts de marché) , deux américains avec Micron Technology et Western digital (environ 10-12% chacun), un japonais Kioxia (environ 15%) et un chinois YMTC (principalement pour le marché intérieur chinois).

Tous ces acteurs sont des IDM (Integrated Device Manufacturer) c’est-à-dire qu’ils conçoivent et fabriquent eux-mêmes les puces. Contrairement aux puces logiques il n’y a pas de dissociation entre la conception de la puce et sa fabrication. Cela est lié au fait que la mémoire est hautement standardisée, qu’il n’y a pas de besoins clients spécifiques et qu’une fonderie pure ne serait pas viable sur le domaine des puces mémoire en raison de la cyclicité des prix.

Pour ma part, je pense que les fabricants de puces (fonderies type TSMC ou IDM type SK Hynix) sont plus protégés de la concurrence des GAFAM que les designers de puces du type NVidia. En effet, les GAFAM peuvent facilement recruter les meilleurs designers de puces pour créer une puce adaptée à leurs besoin. C’est ce qu’a fait Apple pour ses smartphones et c’est ce que font aujourd’hui Microsoft, Google et Amazon pour se libérer de la dépendance à NVidia. Cela ne va pas leur coûter des milliards en CAPEX. Par contre vouloir fabriquer leurs puces leur nécessiterait d’engloutir des milliards en CAPEX… sans garantie de réussite.

Plusieurs raisons expliquent que le marché de la DRAM soit plus protégé que celui de la NAND.

  • Il y a d’abord la complexité technologique qui est plus important pour la DRAM que pour la NAND.

  • Il y a des coûts capitalistiques : une usine DRAM coûte 20 à 25Md d’USD contre 10 à 15Md d’USD pour une usine NAND

  • Certains brevets sur la technologie NAND sont tombés dans le domaine public

  • La technologie EUV (Extrem Ultra-Violet) est nécessaire pour fabriquer des puces DRAM mais pas pour les puces NAND. Bien sûr, on peut fabriquer de la DRAM sans EUV (c’est ce qu’on faisait avant l’arrivée de l’EUV) mais c’est plus coûteux.

Dans les deux cas, il faut un soutien financier colossal pour faire émerger un nouvel acteur à partir de 0. En effet, l’intensité capitalistique et la cyclicité du secteur (il faut avoir les reins solides pour endurer les retournements de cycle) rend improbable l’arrivée d’un nouvel acteur. Ce point est important car s’il n’y a pas vraiment de Moat au niveau des acteurs du secteur, on peut penser que le secteur est protégé par un moat et que cette situation oligopolistique va perdurer à l’avenir.

Si on veut s’exposer au secteur, on peut soit miser sur des pures players comme SK Hynix et Micron, soit sur un conglomérat diversifié comme Samsung. SK Hynix et Micron présentent une évolution du cours de bourse sur les 10 dernières années assez similaire. Samsung, du fait qu’il a d’autres activités (téléphone portable, télévision, …) présente un cours de bourse différent.

Une fois qu’on a fait la présentation du secteur, intéressons nous à SK Hynix.

Analyse fondamentale de SK Hynix

Hyundai Electronics a été créé en 1983.

Dans les années 1990, Hyundai Electronics devient un acteur majeur de la mémoire mondiale, développant le premier SDRAM 256 Mo au monde en 1995 et le premier 1 Go en 1997.

En 1999, elle fusionne avec LG Semiconductors. Cette fusion entraine la création d’un géant des puces mémoire mais plombe Hyundai Electronics d’une dette colossale.

En 2001, Hyundai Electronics est séparé totalement du groupe Huyndai et se rebaptise Hynix (contraction de Hyundai et Electronics). Le début des années 2000 est compliqué pour le groupe du fait du poids de la dette et de l’effondrement du prix de la DRAM.

En 2012, SK Group rentre au capital en prenant une participation à hauteur de 20%. C’est le début du renouveau pour le groupe. L’entreprise est rebaptisé SK Hynix. Elle change de président avec Chey Tae-won qui apporte une vision long-terme. Désormais plus solide financièrement, SK Hynix modernise ses usines et élargit son portefeuille de produit en investissant dans la mémoire NAND. 

En 2020, SK Hynix rachète la division NAND d’Intel. La même année elle fait le pari de développer la HBM (High Brandwitch Memory c’est-à-dire la mémoire à haute bande passante). Il s'agit de puces de mémoire empilées verticalement pour offrir une bande passante massive. Elles sont cruciales pour les accélérateurs d'IA et le calcul haute performance (HPC). Ce pari s’est révélé gagnant. Grâce à cette innovation, la puce mémoire a cessé d’être une commodité (du moins pour ce segment). En quasi-monopole sur cette technologie (70 à 80% de parts de marché) SK Hynix a signé un partenariat avec Nvidia qui a besoin de mémoire à haute bande passante pour ses GPU . C’est actuellement le marché le plus porteur avec une croissance de plus de 60% sur 2025 et un CAGR qui devrait être supérieur à 25% jusqu’à 2030. La part du HBM dans le marché de la DRAM est ainsi passé de 8% en 2023 à plus de 30% en 2025. C’est ce qui a permis à SK Hynix de dépasser Samsung dans le segment de la DRAM. Cependant il s’agit d’une avance technologique temporaire. Micron et Samsung prévoient le lancement de puces HBM fin 2025.

Les clients de SK Hynix sont principalement :

  • les fabricants de Smartphone (Apple, Xiaomi, Huawei, …) qui représente environ 35 à 40% des ventes

  • les hyperscalers comme Amazon, Microsoft et Google, soit directement soit indirectement via les ventes de HBM à NVidia pour équiper les Hyperscalers (environ 35% des ventes)

  • les fabricants de PC comme Dell, Hp, …  (15 à 20% des ventes)

  • autres (automobile, consoles de jeux, …) pour 5 à 10%

Parmi les fournisseurs clés de SK Hynix, on retrouve les mêmes vendeurs de WFE (ASML, Applied Materials, Lam Research, KLA, …) que chez une fonderie type TSMC. A noter, que pour le design des puces mémoire et analogique, Cadence Design est préféré à Synopsis (plus spécialisé dans les puces logiques).

Au niveau des segments, la DRAM représente environ entre 70 et 80% du chiffre d’affaires de SK Hynix et la NAND le reste.

SK Hynix vend principalement en USD alors que ses coûts de fabrication sont principalement en KRW. Il y a donc un risque de change. Si l’USD vient à se déprécier par rapport au KRW, cela aura un impact négatif sur le chiffre d’affaires et le résultat de SK Hynix. Mais à contrario, la dépréciation de l’USD par rapport au KRW augmente la valorisation de SK Hynix en USD. On peut donc considérer le risque de change comme modéré.

SK Hynix détient 4 sites de production : 2 en Corée du Sud et 2 en Chine. Les usines les plus avancées utilisant l’EUV se trouvent en Corée du Sud tandis que les 2 usines chinoises fabriquent le gros de la DRAM et de la NAND pour smartphones et PC. Il y a donc un risque géopolitique, puisque si le voisin Nord-Coréen venait à attaquer la Corée du Sud ou si la Chine venait à entrer en guerre avec Taïwan ou les Etats-Unis, une grosse partie des sites de production de SK Hynix seraient impactés. Ce risque géopolitique est moindre chez Samsung et quasi-nul chez Micron. On peut même penser que Micron serait le premier bénéficiaire d’une crise dans la région. Cependant pour atténuer ce risque et éviter les droits de douane de Donald Trump, SK Hynix investit dans une nouvelle usine dans l’Indiana.

Si on devait faire une analyse SWOT (Stregth, Weakness, Opportunities and Threat) comparative des 3 grands fabriquants de DRAM on aurait :

SK Hynix

Samsung

Micron

Forces

Leader technologique sur la production de HBM

Plus gros fabricant de puces au monde. Bénéficie d'économies d'échelle. Les puces mémoire de Samsung bénéficie d'un débouché tout trouvé : les produits Samsung.

Société américaine. Bénéficie du Chips Act.

Faiblesses

Dépendance à quelques acteurs : NVidia, Apple, …

Le fait que les puces mémoire ont un débouché naturel ne pousse pas à l'innovation. Samsung a souvent été en retard sur les adoptions de nouvelles tendances.

Plus petite société de l'oligopole des puces mémoire. Economies d'échelle moindres.

Oportunités

Marché de l'IA, du cloud et de la voiture autonome, …

Menaces

Plus exposé au risque géopolitique

Risque d'être totalement dépassé sur le HBM

Entreprise la plus vulnérable à une guerre des prix.

Au niveau du Moat, je pense que le principal Moat est que le marché est efficient. Il est quasiment impossible pour un nouvel entrant de rentrer. Gemini semble indiquer d’autres Moat comme des avantages de coûts, des actifs intangibles et des coûts de changement. Mais je suis plus perplexe car sur les coûts, SK Hynix n’est pas forcément meilleur que Samsung. SK Hynix n’a pas de brevets qui empêche Samsung ou Micron de produire des puces similaires. Enfin, pour moi, le marché des puces reste un marché de commodité pour lequel il est facile de passer d’un fournisseur à un autre.  

A la tête de SK Hynix, on retrouve Chey Tae-won à la tête du conseil d’administration depuis 2012. J’ai compris qu’il devrait laisser la main à Kwak Noh-Jung nommé CEO en 2024 et dans l’entreprise depuis 1994. Le management n’est pas spécialement « skin in the game » mais il est sénior et il a eu des bonnes intuitions au cours des 15 dernières années.

Analyse quantitative

On va faire rapide sur la présentation des chiffres puisque tout est disponible sur Baggr.

Après ce qu’on a dit précédemment, on comprend pourquoi les retours sur capitaux sont pas forcément énormes dans ce secteur. Pour pouvoir survivre en phase de retournement de cycle, les entreprises du secteur ont tendance à accumuler des réserves. Cela dégrade mécaniquement les ratios ROE et ROCE. Cela dit, le ROIC de SK Hynix est très bon sur 1 an et en forte amélioration. Il est en tout cas bien meilleur que celui de ses concurrents, Samsung et Micron.

La croissance est également très forte même si elle est boostée par la dernière année.

Les marges sont fortes (53% de marge brute et 37% de marge nette) est bien supérieures à celles de ses concurrents.

L’entreprise n’a pas de Goodwill. Sa dette est faible. Elle rachète ses actions.

Enfin on comprend ce qui coûte des points à SK Hynix. Elle a des CAPEX élevés car l’activité est très capitalistiques et les besoins en puces mémoire explosent. La prédictibilité du chiffre d’affaires est faible car c’est un secteur cyclique. Enfin les dividendes sont cycliques eux aussi. Malgré tout, SK Hynix obtient une note qualité très honorable de 13/20.

Attaquons la partie valorisation.

Valorisation

La société a explosé en bourse très récemment.  Le cours de l’action a doublé sur les 3 derniers mois et triplé depuis le début de l’année. On pourrait penser que l'explosion récente du cours de bourse est une bulle alimenté par un joli narratif sur l’intelligence artificielle. En fait quand on regarde le bénéfice par action du Q3 2025, on s’aperçoit qu’il a augmenté de plus de 118% par rapport au bénéfice par action du Q3 2024. Il y a donc une dynamique des résultats qui explique cette explosion du cours.

Il y a aussi une augmentation du ratio cours / bénéfice (P/E). Cependant on reste sur un P/E faible de 12 fois les bénéfices. Certes, c’est largement supérieur à la moyenne historique sur 10 ans qui est de 8. Mais on peut se dire qu’un P/E de 12 pour une entreprise qui a délivré un CAGR du chiffre d’affaires et du résultat par action sur 10 ans de plus de 20% reste décotée. D’autant qu’on a bien vu que du fait des spécificités du secteur, SK Hynix a accumulé beaucoup de réserves. A l'heure où j'écris, a société affiche un cours de bourse aux alentours des 525 000 Wons. Quand on retire de ce montant les capitaux propres accumulés (le passé soit environ 125 000 wons par action), on paye 400 000 wons par action pour le futur (à comparer au bénéfice par action des 12 derniers mois glissant soit 50 000 wons par action). Retraité des réserves, le P/E n’est donc que de 8 (je vous l’accorde, il faudrait faire cet exercice pour toutes les entreprises pour que la comparaison ait un sens). Bref, bien que l’entreprise ait explosé en bourse, elle ne parait pas si cher que ça.  

Cela dit, il existe des raisons structurelles à cela

  • Les P/E des entreprises du secteurs sont plus bas du fait de la cyclicité.

  • La Corée du Sud n’est pas dans le MSCI World. Les sociétés coréennes ne bénéficient donc pas des flux des ETF MSCI World.

  • Il est très compliqué d’acheter des actions coréennes ce qui explique une décote sur les entités coréennes

On peut aussi se demander si on n’est pas en haut de cycle. Plusieurs indicateurs laissent penser qu’on n’est pourtant qu’au début de la hausse. Les stocks de produits finis des différents producteurs de RAM est en baisse depuis plusieurs trimestres et le prix spot de la DRAM montrent des prix en augmentation. Il n’est donc peut-être pas trop tard pour sauter dans le train. S’il y a un canari dans la mine, ce serait plutôt dans les annonces de résultats d’ASML qui montrent une explosion de la demande de machines pour la fabrication de puces mémoire. C’est le premier signe d’un surinvestissement dans le secteur et peut-être les prémices d’une future guerre des prix.

Je pourrais tenter de calculer le prix juste de la société en projetant son bénéfice sur 5 ans, en appliquant un multiple de valorisation et un taux d'actualisation. Néanmoins je trouve que cet exercice n'a pas vraiment de sens dans le cadre d'une entreprise cyclique. On ne sait pas dans 5 ans où on sera dans le cycle et je ne pourrais pas dire si le P/E va revenir à sa moyenne historique ou si le marché va reconsidérer cette entreprise et la valoriser à un P/E de 20 ou plus. Néanmoins dès qu'on dézoome la performance sur 10 ans, on s'aperçoit qu'avant même l'explosion de cette année, SK Hynix avait une performance comparable (voire supérieure) à une entreprise de qualité comme Mastercard. Certes, il n'y a pas la même linéarité. Mais justement la cyclicité du titre offre potentiellement de très bons points d'entrée. Et je me vois mal dire après un DCF que SK Hynix est survalorisé avec un P/E de 12. Cela reste une entreprise de qualité qui bénéficie de plusieurs mégatendances. L'évaluation est un art, pas une technique. Je vous laisse faire votre avis.

Conclusion

On a vu que le marché des puces mémoire est un marché porteur et relativement protégé (situation d'oligopole). Néanmoins ce n'est pas un monopole et la guerre des prix peut potentiellement abimer les marges des différents acteurs dans un avenir proche. Dans cet oligopole, la société la plus qualitative me semble être SK Hynix. Néanmoins cette société est exposé à un risque géopolitique à prendre en compte quand on investit à long terme (pour être honnête il faudrait aussi le prendre en compte pour Apple et NVidia). Pour ma part j'ai pris une très petite position dans cette société pour me forcer à la suivre et éventuellement la renforcer en cas de retournement de cycle.

Voici ma check-list pour laquelle SK Hynix obtient la note de 30/40.

Check-list :

  1. L’entreprise existe-t-elle depuis suffisamment longtemps pour avoir prouvé la viabilité de son modèle économique ?

Oui l’entreprise existe depuis 1983.

  1. Les produits répondent ils à un besoin durable ?

Oui, ils bénéficient même de plusieurs méga-tendances.

  1. Les produits doivent ils être renouvelés fréquemment ?

Oui.

  1. Les produits de l’entreprise sont ils résilients à la baisse de la démographie ?

Oui.

  1. Les différents segments d’activité et géographiques sont-ils identifiés et compréhensibles ?

Oui

  1. Les clients cibles et leurs besoins sont-ils clairement identifiés ?

Oui

  1. L’entreprise maîtrise-t-elle ses activités clés ?

Oui

  1. Le CA est-il en croissance ?

Oui

  1. Le CA est-il en croissance pour chaque segment ?

Oui

  1. Les EPS sont-ils en croissance ?

Oui

  1. Les FCF/actions sont-ils en croissance ?

Oui

  1. Aucun indicateur opérationnel ne suggère de dégradation structurelle du business ?

Non

  1. Les marges sont-elles supérieures par rapport à la moyenne du secteur ?

Oui

  1. La marge brute est-elle stable ou croissante ?

Croissante

  1. L’entreprise présente-t-elle une structure d’investissement (Capex) soutenable et cohérente avec sa croissance ?

Oui

  1. Le ROIC est-il supérieur à la moyenne du secteur ?

Oui

  1. Le ROIC est-il stable ou croissant ?

Croissant

  1. Les coûts, la réglementation ou la complexité du marché rendent ils l’entrée de nouveaux concurrents très difficile ?

Oui

  1. La marque de l’entreprise est-elle reconnue, distinctive et valorisée par les clients au point de créer un avantage durable ?

Non

  1. L’entreprise bénéficie-t-elle d’un réseau ou d’effets de réseau qui rendent sa position difficile à copier par un concurrent ?

Non

  1. L’entreprise possède-t-elle des brevets, licences ou protections légales stratégiques difficiles à contourner ?

Non

  1. Les clients sont-ils fortement attachés aux produits/services, au point de rendre difficile leur départ vers un concurrent ?

Je dirais non même si les puces HBM changent un peu la donne.

  1. Le modèle ou la technologie de l’entreprise est-elle peu exposée à une disruption majeure dans les prochaines années ?

Je ne sais pas. La technologie disruptive qui pourrait faire vraiment mal à SK Hynix serait si la mémoire NAND devenait aussi rapide que la DRAM. Dans ce cas là, la DRAM ne servirait plus à rien. Mais j’ai cru comprendre que c’était impossible à court et moyen terme.

  1. Le management a-t-il un historique solide de création de valeur pour les actionnaires ?

Oui

  1. La vision stratégique du management est-elle claire, cohérente et adaptée au marché ?

Je ne sais pas.

  1. Le management utilise-t-il le cash de façon disciplinée et créatrice de valeur ?

Je ne sais pas.

  1. L’entreprise maintien ou réduit le nombre total d’actions en circulation sur les 5 dernières années (absence de dilution).

Elle les réduit même si c'est faiblement.

  1. La structure financière de l’entreprise est-elle solide et permet elle de résister aux chocs tout en finançant sa croissance ?

Oui

  1. L’entreprise opère t'elle sur un marché suffisamment grand pour soutenir une croissance significative ?

Oui

  1. Le marché de l’entreprise croît il à un rythme soutenu et durable ?

Oui

  1. Le modèle économique de l’entreprise est-il relativement résilient face aux cycles économiques ?

Je ne sais pas

  1. L’entreprise bénéficie-t-elle de tendances favorables à long terme dans son secteur ?

Oui

  1. L’entreprise évolue-t-elle dans un environnement concurrentiel maîtrisable ?

Je dirais oui mais sans grande conviction

  1. L’entreprise est-elle peu exposée à des risques réglementaires majeurs ?

Non

  1. L’entreprise est-elle peu vulnérable aux risques géopolitiques ?

Non, l’entreprise est vulnérable à la géopolitique

  1. L’entreprise est-elle vulnérable au risque de change ?

Oui mais maitrisé. L’entreprise est exposé à l’USD et au Won Coréen. Ce n’est pas comme si elle vendait en livre turque ou en peso argentin.

  1. L’entreprise est-elle exposé à un risque fiscal ?

Difficile à dire mais l’entreprise ne semble pas user de stratégie d’optimisation fiscale agressive telle que le pratique certains GAFAM

  1. L’entreprise est-elle protégée contre les risques technologiques ou d’obsolescence ?

Non

  1. L’entreprise n’est pas excessivement dépendante d’un client, fournisseur ou marché unique ?

Comme tous les fabricants de puces, elle est dépendantes des vendeurs de WFE. Au niveau client, le risque est plus limité même si elle dépend beaucoup des hyperscalers.

  1. L’entreprise bénéficie-t-elle d’une image publique et d’une réputation solides ?

Oui

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Dernière mise à jour : 27 novembre 2025