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Ferrari va rejoindre Porsche, Jaguar et Disney…

Hugo - IQ InvestHugo - IQ Invest
26 mai 20261193

Ferrari : pourquoi je n'y touche toujours pas (analyse à contre-courant)

Aujourd'hui, on parle de Ferrari — et je vous avais prévenu. À chaque fois, personne ne m'écoute et tout le monde me répète que Ferrari est une boîte exceptionnelle. Je ne suis pas d'accord.

J'avais analysé Ferrari il y a deux ans et écrit noir sur blanc : rien ne garantit que Ferrari restera une marque de prestige si elle bascule sur l'électrique. Voyons où en est la situation aujourd'hui — et je vous spoile, ma conclusion n'a pas changé : je n'y touche pas avec un bâton.

Ce que je disais il y a deux ans

Mon scénario catastrophe reposait notamment sur l'interdiction de vente de véhicules thermiques dans l'UE en 2035. Cette règle paraît aujourd'hui très incertaine, voire annulée (dites-moi en commentaire où ça en est exactement) — et Ferrari en serait de toute façon partiellement exemptée grâce à ses faibles volumes.

Mais l'essentiel demeure : rien ne garantit que Ferrari réussira sa transition vers l'électrique, car le thermique fait partie du charme de la marque. Ma conclusion de l'époque : une entreprise de qualité, avec un grand moat, mais des fondamentaux insuffisants, un business très réglementé, et une valorisation délirante (un PE de 48). Pas optimiste du tout sur l'électrique chez Ferrari.

Où en est-on aujourd'hui ?

Le cours de bourse a plongé de 30 à 35 % depuis ses plus hauts de février 2025. Et pour moi, c'est totalement mérité.

Ferrari, c'est d'abord un rêve

Il faut comprendre que Ferrari, c'est avant tout un rêve. Ce n'est pas compliqué : des voitures rouges au design de malade, un énorme V12 qui fait un bruit d'enfer, et c'est tout. La classe et le style italien, avec l'agressivité d'une voiture de course mais sans jamais tomber dans la vulgarité comme peut le faire Lamborghini. Le symbole de réussite par excellence — tout le monde rêvait un jour de conduire une Testarossa ou une F40.

Pensez à la 250 GTO, à la Testarossa, à la F40 : trois modèles iconiques, magnifiques, qui ont chacun marqué leur époque.

Le problème : le charme a disparu

Et le gros problème, c'est qu'on est passé de ces voitures sublimes à des modèles fades, sans personnalité ni charme. Leur SUV ? On dirait une Tesla. Leur voiture électrique ? On dirait une électrique chinoise. Aucun élément différenciant par rapport à la concurrence. Même leur nouvelle hypercar fait débat, beaucoup jugeant son design loin d'être exceptionnel.

On est passé d'une marque de voitures de course rustiques — intérieur rudimentaire, dures à conduire, peu confortables, mais c'était justement le charme de l'artisanat italien fait main — à des SUV familiaux et une électrique qui ressemble à une Renault. Cette électrique coûte tout de même la modique somme de 550 000 €.

Les chiffres confirment la stagnation

On me dira que ça plaît à une certaine clientèle et que les ventes suivent. Sauf que non :

  • Revenus : plateau et stagnation depuis 2025 (dès le Q1 2025 en trimestriel), après une belle progression 2021-2025.

  • EPS (bénéfices par action) : stagnation depuis 2024 (Q3 2024 en trimestriel).

  • Livraisons de véhicules : stagnation depuis 2022, avec même une tendance quasi négative en trimestriel.

Autant de signaux montrant que la croissance peine et que la marque a peut-être du mal à trouver de nouveaux clients.

Le vrai problème de fond : l'automobile ne fait plus rêver

Pour moi, le problème fondamental, c'est que le rêve n'existe plus. L'automobile ne fait plus rêver depuis au moins 10 à 15 ans. L'accumulation des normes a rendu toutes les voitures fades et semblables, hypercars modernes comprises. Les seules voitures qui font rêver aujourd'hui sont celles d'il y a 40 à 60 ans (années 50 à 90).

Il n'y a qu'à voir le nombre de jeunes de la Gen Z qui dédient des comptes Insta ou TikTok à leurs voitures vintage (avec la fameuse trend « les propriétaires de Tesla ne peuvent pas comprendre »). Regardez une Mercedes 300 SL : ce qui se faisait à l'époque était incroyablement beau, là où l'offre actuelle laisse de marbre les passionnés et les amateurs de beaux objets.

Les voitures électriques sont de la tech, pas de l'automobile

Point clé : une voiture électrique, c'est de la tech. Il suffit de regarder qui est payé pour promouvoir les nouvelles Ferrari : des youtubeurs tech (en France, un créateur habituellement spécialisé dans les produits Apple review désormais les nouvelles Ferrari, Porsche et Tesla).

Une électrique ne s'assemble pas comme une thermique : ce sont des blocs qu'on assemble comme un smartphone, avec du software, des apps, des services embarqués. Tesla et les marques chinoises l'ont parfaitement compris et ont une longueur d'avance. Des marques historiques comme Ferrari ou Porsche ne peuvent tout simplement pas rivaliser sur ce terrain.

Personnellement, avec un budget illimité et le choix entre une Ferrari électrique et une Tesla, je prendrais la Tesla — je ne vois aucun intérêt à une Ferrari électrique. Je préférerais mille fois une Testarossa ou une F40 pour le plaisir du week-end, et une Tesla comme objet tech fonctionnel du quotidien. Ferrari n'est pas une boîte tech et ne le sera jamais.

L'exemple Porsche, précurseur

Ferrari risque de rejoindre les marques qui se sont sabordées sur l'autel de la modernité (à l'image de Jaguar et son rebranding). Pour moi, Porsche est le précurseur, et Ferrari va suivre la même trajectoire : virage technologique, virage électrique, mort du rêve, mort du business.

Les acheteurs de Porsche n'ont rien à faire d'une Porsche électrique : ils veulent une 911, une voiture qui les fait rêver, pas une copie de Tesla. Porsche fait d'ailleurs marche arrière sur l'électrique. Il suffit de voir l'effondrement de ses ventes depuis 2023, et plus encore de ses bénéfices par action. Ferrari suit la même trajectoire, avec quelques années de retard sur Porsche — mais des courbes de ventes étrangement similaires.

Une valorisation qui n'a aucun sens

Ferrari a frôlé les 60 fois les bénéfices à son plus haut, et reste aujourd'hui plus chère qu'un Nvidia ou un Google en Forward PE (32 pour 2026, 29 pour 2027). Dans quel monde est-ce une bonne idée d'acheter ça ?

Il faudrait qu'elle soit décotée à 10-15 de PE pour jouer une éventuelle remontada, avec peut-être un changement de direction qui renoue avec le rêve que représente la marque.

Conclusion

Encore une marque qui semble ne pas comprendre ce que représentent son histoire, son héritage et surtout ce que veulent ses clients. Peut-être fera-t-elle encore des ventes, mais si Ferrari ne fait plus rêver, le moat s'effondre — et elle risque de rejoindre les marques qui se suicident, comme Jaguar.

Je l'ai toujours dit : je ne toucherai jamais au secteur automobile, luxe ou pas. C'est un secteur bien trop régulé et cyclique. Et n'oubliez pas que toutes les marques automobiles, absolument toutes, ont fait faillite au moins une fois — même Ferrari. La seule qui n'ait jamais fait faillite, c'est Ford.

Et vous, la nouvelle Ferrari vous fait-elle rêver ?


Ceci n'est pas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches avant toute décision.

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Commentaires (3)

DDoryanLamy4 août 2026

Le MOAT reste une barrière incontestable tout comme le carnet de commande et les restrictions sur le custom des Ferraris par des clients vulgaires dont des célébrités. Dire que le Purosangue ressemble a une Tesla c'est un avis subjectif et au niveau des ventes, qui n'est pas partagé. L'électrique en tant que grand sujet, peut-être un pari gagnant pour Ferrari qui pourrait s'avérer intéressant à l'avenir avec des modèles peut-être plus agressifs dans la shape que la Luce dont le carnet de commandes à été épuisé par ailleurs donc pas un si grand flop que ça. Ferrari ne changera pas son logo comme a pu le faire Jaguar car il est là l'essence de son élitisme et de son image de marque de prestige.

EEl Tristan10 juillet 2026

Thèse très intéressante, mais je trouve la conclusion sur l’effondrement du moat et la comparaison avec Jaguar exagérée. Analyser Ferrari sous le prisme de l'automobile classique ou de Porsche est une erreur méthodologique : Ferrari est un actif d'ultra-luxe. Voici pourquoi son moat est bien plus résilient qu'il n'y paraît : 1. Ce n'est pas une marque, c'est un Club privé Le volume est volontairement bridé (~14 000 véhicules par an). Ferrari fonctionne comme un club sélectif où les clients doivent respecter les règles (historique d'achat, comportement) sous peine d'être bannis des séries limitées (Icona, hypercars). C'est la seule marque à contrôler ainsi son marché de l'occasion et son écosystème. S'il faut la comparer, c'est à Hermès ou Rolex. 90 % des 350 000 propriétaires ne partiront jamais à la concurrence : leur ticket d'entrée a mis des années à se construire. 2. L'analogie de la "Ville Lumière" L'héritage de Ferrari a une inertie culturelle immense. C'est comme Paris : malgré le métro bondé et les rues sales, Paris reste la ville lumière et continue de faire rêver. Un mauvais virage produit ne détruit pas un tel prestige. 3. L'électrique : Une erreur, mais vendue comme carte d'adhésion forcée Je rejoins ta thèse : l'électrique est une erreur philosophique, initialement subie par nécessité réglementaire. Mais cela va-t-il détruire le moat ? Non. C'est le syndrome du "Metaverse" de Meta comme tu le répétes souvent : une idée impopulaire qui n'altère pas la rentabilité du cœur de métier. Mieux encore : même si ce modèle s'avère être un croisement improbable entre une Tesla et un iPhone qui ne fait rêver personne, Ferrari l'imposera. Pour un collectionneur, acheter ce véhicule sera la condition sine qua non pour rester dans les petits papiers de Maranello et accéder aux futures séries thermiques limitées. Ce ne sera pas un achat de passion, mais une carte d'adhésion forcée au club. 4. Une cible décorrélée des crises Avec un marché adressable de 10 millions d’UHNWI (ultra-riches) dans le monde, Ferrari s'adresse à une niche insensible aux cycles économiques. La demande dépassera toujours l'offre. En conclusion : L'action est chère et le virage électrique est risqué, mais crier au suicide commercial à la Jaguar est déconnecté du modèle d'affaires unique de Ferrari. (Pour creuser, l'épisode du podcast Bourseko Moat résume parfaitement ce pricing power absolu).

HHugo.R9 juillet 2026

Completement d'accord avec ta thèse ;)

Dernière mise à jour : 9 juillet 2026