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Equasens : Le champion français discret qu'on ignore

AAdrien | L'Analyste Curieux
8 juin 20265168
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Avant propos

Investir à long terme, à mon sens, ce n'est pas simplement acheter des actions, c'est acheter des parts d'entreprise pour en devenir co-propriétaire.

Cela implique deux choses fondamentales : s'intéresser de manière pro-active aux entreprises dans lesquelles on souhaite investir (ou nous sommes déjà investis), ce fameux "investis dans ce que tu comprends" et surtout, une fois passé l'acte d'achat, faire confiance au temps long pour permettre à l'entreprise de délivrer son plein potentiel et évoluer.

À l'heure où j'écris ces lignes où les yeux des investisseurs sont rivés sur l'IA et les semi-conducteurs, créant un sentiment de FOMO pour celles et ceux qui ne sont pas encore dans le train et un sentiment d'extase, de réussite et de confiance en ses capacités d'investisseur presque trader pour ceux qui, à l'inverse, sont dans le train, de mon côté, je prend plutôt un plaisir patient à décortiquer les entreprises présentes dans notre vie de tous les jours.

Et d'un côté tant mieux, ça nous laisse un horizon discret d'étude et d'analyse, digne d'un énorme buffet à volonté où l'on voudrait tout manger mais où ce serait clairement impossible d'en arriver au bout. Boulimiques et passionnés que nous sommes.

Il faut que je vous raconte maintenant.

Il y a quelques temps, en sortant d'un rendez-vous chez le médecin, je me dirige naturellement vers la pharmacie la plus proche pour récupérer les médicaments prescris par ce dernier. En France, étant les champions de l'administratif, il fallait que je mette ma belle carte vitale à jour et que je transfère ma carte de mutuelle à la pharmacienne pour pouvoir être remboursé.

Je commence donc à ouvrir ma boite mail sur mon smartphone pour l'envoyer au moment où, la pharmacienne m'indique un QR CODE à scanner, pour envoyer de manière simple, rapide et sécurisée ma carte de mutuelle dématérialisée à travers une petite application dont l'adresse URL contenait ... "Equasens".

Automatiquement, mon âme d'investisseur s'est réveillée. Je connaissais déjà Equasens bien entendu, mais finalement, voir leurs produits "en vrai", même si c'était qu'une infime partie de leur solution, j'ai compris l'utilité de leurs produits pour les pharmacies mais aussi pour les clients.

En rentrant à la maison, je commençais de ce pas mon étude de la société en me rendant dans l'espace investisseur de l'entreprise, en démarrant par parcourir le rapport annuel.

Et je vous le dis tout de suite, pour celles et ceux qui me suivent déjà, quand je me lance dans une analyse, j'aime bien tout décortiquer (vraiment).

Présentation globale

Et la première chose que je commence systématiquement par faire, avant même de regarder le cours de bourse, c'est de comprendre ce que fais l'entreprise.

Equasens, c'est une société qui fais des logiciels, solutions numériques mais aussi matériel informatique à destination des professionnels de santé que ce soit en grande majorité les pharmacies, mais aussi les EHPAD, services à domicile, hôpitaux, médecins libéraux, auxiliaires médicaux et patients.

Historiquement connu sous le nom Pharmagest, le groupe reste très fortement ancré dans l’informatique officinale, mais il se diversifie vers le médico-social, le domicile, l’hôpital, les logiciels médicaux, les objets connectés et les services de financement. Sur son site internet et dans son rapport annuel, le groupe se présente comme un acteur "d’interopérabilité" : connecter les acteurs de santé, sécuriser les données, fluidifier le parcours patient et automatiser les tâches administratives.

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Pour cela, le groupe est organisé autour de 5 divisions :

  • PHARMAGEST (72.8% du chiffre d'affaires) : logiciels et solutions connectées pour les pharmacies en Europe, incluant le marché de l'Observance.

  • AXIGATE LINK (15.9%) : logiciels pour les établissements et services médico-sociaux (EHPAD, SAD, HAD, hôpitaux et télémédecine) en Europe.

  • MEDICAL SOLUTIONS (4.2%) : logiciels pour médecins libéraux, MSP, CPTS, chirurgiens libéraux et auxiliaires médicaux.

  • E-CONNECT (6.2%) : conception et fabrication de dispositifs électroniques connectés pour professionnels de santé et patients.

  • FINTECH (0.8%) : solutions de financement de biens en location pour les professionnels de santé et autres secteurs tertiaires.

D'un point de vue géographique, la société réalise l'essentiel de son chiffre d'affaires en France (à peu près 87.5%) et le reste réparti dans 5 pays européens dans lesquels la société entend se développer rapidement, peut-être un peu trop vite d'ailleurs, mais ça j'en reparle plus bas.

Voici dans le détail la répartition du chiffre d'affaires par activité et zone géographique :

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Les différentes activités du groupe

La partie la plus importante à mon sens quand on veut comprendre une société, c'est de bien connaitre ses différentes activités, comprendre comment elles fonctionnent.

Et pour bien comprendre Equasens, il ne faut pas voir le groupe uniquement comme un éditeur de logiciels pour pharmacies. Comme expliqué précédemment, c’est plutôt un ensemble de solutions numériques qui couvrent plusieurs maillons du parcours de santé : la pharmacie, les EHPAD, le domicile, l’hôpital, les médecins libéraux, les objets connectés et même le financement.

L’idée générale du groupe est donc assez simple : aider les professionnels de santé à mieux gérer leur activité, à gagner du temps, à sécuriser les données de santé et à mieux coordonner le suivi des patients.

1) PHARMAGEST : le cœur historique du groupe

D'abord, la division PHARMAGEST est la plus importante d’Equasens. C’est l’activité historique, centrée sur les pharmacies.

Elle développe des logiciels de gestion pour les officines, mais aussi des équipements informatiques, des solutions digitales, des robots, des étiquettes électroniques et des outils de préparation de doses à administrer.

Le produit central est le logiciel id., utilisé par les pharmaciens pour gérer leur officine au quotidien : délivrance des médicaments, ventes, commandes, stocks, prix, suivi des patients, nouvelles missions de santé..

En pratique, c’est un outil très intégré dans le fonctionnement d’une pharmacie. Le pharmacien ne l’utilise pas une fois de temps en temps : il s’en sert toute la journée. C’est pour ça que cette division est stratégique pour Equasens.

PHARMAGEST est surtout présent en France, mais aussi en Italie, en Belgique et en Allemagne. La division couvre également l’observance thérapeutique, c’est-à-dire les solutions qui aident les patients à bien prendre leurs traitements, notamment grâce aux piluliers et aux robots de préparation.

2) AXIGATE LINK : les logiciels pour EHPAD, domicile et hôpitaux

AXIGATE LINK s’adresse plutôt aux établissements et structures de soins : EHPAD, services à domicile, hospitalisation à domicile, hôpitaux, cliniques, groupements hospitaliers et acteurs de la télémédecine.

L’objectif est d’aider ces structures à mieux suivre les patients ou résidents, à coordonner les soins et à centraliser les informations. Par exemple, dans les EHPAD, les solutions comme Titan ou TitanLink permettent de gérer les dossiers des résidents, les soins, l’administratif, la facturation et la coordination entre les équipes.

Dans le domicile, avec des solutions comme DomiLink, Equasens aide les structures de soins à domicile à organiser les interventions, suivre les patients, gérer les dossiers et piloter leur activité.

Dans les hôpitaux, la suite HospiLink couvre le dossier patient, les soins, le circuit du médicament et certaines spécialités médicales.

Cette division est importante parce qu’elle permet à Equasens de sortir du seul monde de la pharmacie pour aller vers une vision plus large du parcours de soins.

3) MEDICAL SOLUTIONS : les logiciels pour médecins et professionnels libéraux

MEDICAL SOLUTIONS vise les médecins libéraux, les cabinets de groupe, les maisons de santé, les centres de santé et certains auxiliaires médicaux.

Là encore, le but est de fournir des logiciels métier pour gérer l’activité médicale : dossier patient, facturation, télétransmission, coordination, agenda, gestion documentaire, suivi pré et post-opératoire..

La division s’appuie notamment sur plusieurs solutions :

  1. MédiStory, surtout connu dans l’environnement Apple, pour les médecins libéraux ;

  2. Pratik, destiné aux auxiliaires médicaux et à certains médecins hospitaliers ayant une activité libérale ;

  3. MédiLink, une solution en ligne pour les structures pluriprofessionnelles ;

  4. Calimed et easy-care, qui renforcent l’offre web et SaaS du groupe.

Cette division est intéressante parce qu’elle place Equasens sur le marché des logiciels médicaux, mais c’est aussi probablement l’un des segments les plus concurrentiels, notamment avec des acteurs comme Doctolib qui veulent élargir leur présence chez les médecins.

4) E-CONNECT : les équipements connectés et sécurisés

Vous rappelez mon anecdote avec le QR CODE ?

E-CONNECT est la division qui conçoit des équipements connectés pour les professionnels de santé et les patients.

À travers KAPELSE, Equasens développe par exemple des lecteurs de cartes, des terminaux SESAM-Vitale, des bornes, des terminaux mobiles et des équipements permettant de sécuriser les actes administratifs et les flux de santé.

Ces équipements servent notamment à lire la carte Vitale, authentifier les professionnels de santé, facturer les actes médicaux ou accéder à certains téléservices.

La division travaille aussi sur des solutions de télésanté et de suivi à distance, notamment avec des capteurs intelligents. L’idée est de pouvoir suivre des personnes fragiles à domicile, détecter des situations inhabituelles et alerter les aidants ou un centre de téléassistance.

Ce n’est donc pas seulement du matériel informatique classique. Ce sont surtout des équipements spécialisés pour le secteur de la santé, souvent connectés aux logiciels du groupe.

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5) FINTECH : financement et paiements

La division FINTECH est beaucoup plus petite, mais elle complète l’écosystème.

Avec NANCEO, Equasens propose une plateforme qui facilite le financement locatif de matériel ou de solutions professionnelles. Concrètement, la société met en relation des entreprises qui ont besoin de financement avec des partenaires bancaires ou financiers.

Equasens ne porte pas directement les financements : elle agit plutôt comme intermédiaire grâce à sa plateforme digitale Leasa by Nanceo.

Cette division sert aussi à accompagner les ventes du groupe. Par exemple, si une pharmacie ou un professionnel de santé veut financer du matériel ou une solution, Equasens peut faciliter le montage du financement.

Le groupe développe aussi des solutions de paiement intégrées aux logiciels métiers des officines, ce qui permet de simplifier l’encaissement et de connecter directement le paiement au logiciel de gestion.

Voilà dans les grandes lignes les différentes activités/divisions du groupe. Mais ce n'est pas tout.

Au-delà des divisions, Equasens possède aussi des technologies transverses qui peuvent être utilisées dans plusieurs activités.

La première est l’hébergement de données de santé. Le groupe dispose de ses propres data centers et est certifié HDS. C’est important parce que les données de santé sont très sensibles et doivent être hébergées dans un cadre réglementaire strict. Je vais développer ce point précis un peu plus bas.

La deuxième est pandaLAB Pro, une messagerie instantanée sécurisée pour les professionnels de santé. Elle permet d’échanger rapidement tout en respectant la confidentialité des données médicales.

La troisième est LOQUii, une IA vocale médicale. Elle peut aider à retranscrire une consultation, générer des documents et alimenter automatiquement le dossier patient. C’est typiquement le genre de solution qui peut faire gagner du temps aux médecins.

Je vous vois venir, on va parler de l'IA, mais un peu plus loin.

Juste pour finir sur les activités, ce que je trouve intéressant, c'est qu'au-delà de la vision que j'en avais, peut-être comme vous, d'une simple société qui vend des logiciels, finalement Equasens construit un écosystème bien plus complet qu'on ne le pense.

Comprendre les différents marchés dans lesquels la société opère

Maintenant, pour continuer notre compréhension d'Equasens, il faut que l'on s'attarde sur les marchés sur lesquels le groupe est positionné. Tout les chiffres que je vous partage sont tirés du rapport annuel 2025 de l'entreprise.

Déjà, l’entreprise ne dépend pas uniquement des pharmacies françaises, même si c’est encore son socle historique. Elle s’est progressivement élargie vers d’autres segments de la santé : les pharmacies européennes, l’observance des traitements, les EHPAD, le maintien à domicile, l’hôpital, les médecins libéraux, les objets connectés et le financement.

Si je reprend division par division, concernant PHARMAGEST, elle est liée au marché de la pharmacie d’officine. En France, ce marché évolue beaucoup. Les pharmaciens ne se limitent plus à vendre ou délivrer des médicaments. Ils prennent une place plus large dans le système de soins, avec la vaccination, le dépistage, la téléconsultation ou encore l’accompagnement des patients chroniques. Et d'ailleurs, pour avoir échangé directement une pharmacienne, c'est un vecteur de croissance et de rentabilité très important pour eux sur lesquels ils souhaitent se développer, au détriment de vendre plus de médicaments.

En parallèle, le réseau de pharmacies continue de se réduire. La France comptait 19 676 officines fin 2024, après 290 fermetures sur l’année, et environ 300 fermetures supplémentaires auraient eu lieu en 2025 !

Le marché n’est donc pas tiré par une hausse du nombre de pharmacies, mais plutôt par la transformation du métier. Les officines doivent être mieux organisées, mieux équipées et capables de gérer plus de missions avec des ressources limitées.

C’est là qu’Equasens intervient. Ses logiciels et ses outils permettent aux pharmaciens de gagner du temps, de mieux gérer leurs stocks, leurs commandes, leurs ventes, leurs données patients et leurs nouvelles missions de santé. Dans un secteur où la rentabilité reste sous pression, la digitalisation devient un moyen d’améliorer l’efficacité de l’officine.

PHARMAGEST est aussi présent en Italie, en Belgique et en Allemagne.

En Italie, le marché compte près de 19 500 officines, avec également une tendance à la consolidation et au développement de réseaux de pharmacies. Le marché des logiciels y est dominé par deux acteurs qui représentent environ 70 % des parts de marché, ce qui montre que la concurrence est déjà bien installée.

En Belgique et en Allemagne, on retrouve la même tendance de fond : moins d’officines, plus de regroupements, plus de contraintes réglementaires et un besoin croissant d’outils numériques.

Cette division couvre aussi l’observance thérapeutique, c’est-à-dire les solutions qui aident les patients à mieux suivre leurs traitements. C’est un sujet important avec le vieillissement de la population et la progression des maladies chroniques. Les piluliers, les solutions de préparation des doses et les outils de traçabilité permettent de réduire les erreurs et d’améliorer la prise des traitements.

Concernant AXIGATE LINK, celle-ci adresse des marchés assez différents de la pharmacie, mais avec une logique commune : mieux organiser la prise en charge des patients ou des résidents.

Le premier marché est celui des EHPAD et des structures pour personnes âgées. En France, il existe un peu plus de 10 000 établissements médico-sociaux pour personnes âgées, dont environ 75 % sont des EHPAD ou des unités de soins de longue durée. Environ 600 000 personnes âgées dépendantes étaient prises en charge en établissement en 2024. Le vieillissement de la population soutient naturellement les besoins, mais le secteur reste contraint par les budgets, le recrutement et la transformation du financement.

Pour ces établissements, les logiciels servent à gérer les dossiers des résidents, les soins, la facturation, les équipes et la coordination. Ce sont des outils de gestion du quotidien, dans des structures où la charge administrative et médicale est élevée.

AXIGATE LINK est aussi exposé au maintien à domicile. Ce marché progresse avec le vieillissement, les maladies chroniques et la volonté des pouvoirs publics de garder les patients chez eux le plus longtemps possible. En France, on compte environ 300 établissements d’hospitalisation à domicile et près de 2 000 structures de soins infirmiers à domicile. Ces organisations ont besoin de logiciels pour planifier les interventions, suivre les patients, coordonner les professionnels et sécuriser les traitements.

La division intervient également dans l’hôpital. La France comptait 2 962 établissements de santé fin 2023. Même si le nombre de lits et de sites diminue progressivement, les besoins numériques augmentent : dossier patient, coordination, interopérabilité, pilotage de la performance, circuit du médicament. Les hôpitaux doivent faire plus avec moins de moyens, ce qui rend les systèmes d’information de plus en plus importants.

Enfin, cette division couvre aussi la télémédecine. Le développement de la télésurveillance, notamment pour les maladies chroniques, pousse les établissements à rechercher des solutions capables de suivre les patients à distance et de mieux coordonner les équipes.

Quand à MEDICAL SOLUTIONS, cette division se positionne sur les logiciels destinés aux médecins libéraux, aux cabinets de groupe, aux maisons de santé, aux centres de santé et aux structures pluriprofessionnelles.

Le marché est assez large. La France comptait 119 920 médecins libéraux fin 2025, dont 53 203 généralistes et 66 717 spécialistes. Ces professionnels ont besoin de logiciels pour gérer le dossier patient, les ordonnances, la facturation, la télétransmission, l’agenda, la téléconsultation et la coordination avec les autres acteurs du parcours de soins.

Le marché évolue aussi parce que les médecins travaillent de moins en moins seuls. Plus de 40 % exercent désormais en cabinet pluriprofessionnel. La France compte environ 3 005 centres de santé et 2 758 maisons de santé. Cette évolution crée des besoins différents car il ne suffit plus d’avoir un logiciel individuel, il faut aussi pouvoir partager l’information, coordonner plusieurs professionnels et s’intégrer avec d’autres outils.

La téléconsultation joue également un rôle. Elle a représenté 14 millions d’actes en 2025. Cela pousse les éditeurs à intégrer des fonctions de consultation à distance, de gestion du dossier patient et d’échange sécurisé.

Ce marché est intéressant pour Equasens, mais il est aussi plus concurrentiel. Les médecins ont déjà beaucoup d’outils à disposition, et certains acteurs cherchent à devenir la porte d’entrée principale de leur activité quotidienne. Et très clairement, comme je le disais plus haut, Doctolib reste le mastodonte dans ce domaine.

Maintenant E-CONNECT.

Cette division adresse deux marchés principaux.

Le premier concerne les équipements connectés pour les professionnels de santé. Les solutions de KAPELSE s’adressent notamment aux professionnels qui réalisent des télétransmissions. En décembre 2025, 426 438 professionnels de santé libéraux étaient actifs en télétransmission en France. Cela donne une base de marché assez large pour des terminaux, lecteurs, équipements mobiles et solutions sécurisées.

Ces équipements servent à lire les cartes, sécuriser les actes, facturer, authentifier les professionnels et se connecter aux services numériques de santé. Ce n’est pas du matériel informatique généraliste, ce sont des outils adaptés aux contraintes administratives et réglementaires du secteur de la santé.

Le deuxième marché est celui des personnes fragiles. Avec près de 7 millions de personnes de plus de 75 ans en France en 2025, et une projection à plus de 13 millions en 2070, les besoins de suivi à domicile vont continuer à augmenter. Les solutions connectées peuvent aider à détecter des situations inhabituelles, accompagner les aidants et sécuriser le maintien à domicile.

Cette division se situe donc entre le matériel, le logiciel et les objets connectés. Elle peut soutenir les autres activités du groupe, notamment la télémédecine, le domicile et l’accompagnement des patients âgés.

Et enfin la division FINTECH qui est plus éloignée du cœur médical, mais pas sans utilité dans l’écosystème Equasens.

Avec Leasa by Nanceo, le groupe s’adresse aux entreprises qui veulent proposer des biens ou des services sous forme locative. L’idée est de faciliter le financement d’équipements professionnels, en mettant en relation les clients avec des établissements financiers.

Ce marché est surtout dominé par les banques et leurs filiales spécialisées.

En 2025, le financement de l’équipement des entreprises et des professionnels par les établissements spécialisés en location financière était en recul de 6,1 %. Ce n’est donc pas forcément le moteur principal de croissance du groupe.

Pour Equasens, l’intérêt est plutôt pratique car cette activité peut aider à financer les ventes de matériel ou de solutions auprès des pharmacies et des professionnels de santé. Elle complète l’offre, sans être le cœur de l’histoire.

Stratégie de l'entreprise

Maintenant qu'on a bien fait le tour du propriétaire, je vous partage en synthèse la stratégie de l'entreprise explicitement évoquée dans son rapport annuel en vous évitant le blabla :

  • Développer son réseau et ses partenariats pour couvrir l'ensemble du parcours patient (ville, hôpital, domicile)

  • Unifier ses produits et solutions pour optimiser les systèmes de santé

  • Offrir aux patients le contrôle de leurs données de santé de façon sécurisée.

Voici les perspectives de l'entreprise pour parvenir à ses objectifs :

  • Renforcer son expertise

  • Investir dans les nouvelles technologies, dont et notamment l’IA

  • Élargir son réseau de partenaires

  • Anticiper les évolutions des systèmes de santé à l'international

Ces objectifs sont à mon sens assez globaux et juste même si je regrette le manque de perspectives financières de la société.. Par exemple attendre le demi millions de chiffre d'affaires d'ici 5 ou 10 ans.

Ils sont relativement assez prudents.

La société investis également beaucoup en R&D avec une forte accélération dans l'IA :

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Les fonds propres financent la R&D pendant que la croissance externes est financée par de la dette.

Quand je regarde la stratégie d’Equasens, je vois donc une entreprise qui essaie de faire évoluer son modèle dans trois directions : plus d’intelligence artificielle, plus de SaaS, et une meilleure connexion entre les différents professionnels de santé.

L’idée n’est pas seulement d’ajouter quelques fonctionnalités à ses logiciels existants. Le groupe veut progressivement construire un écosystème plus complet autour du patient, avec des outils utilisés par les pharmaciens, les médecins, les EHPAD, les hôpitaux et les structures de soins à domicile.

Maintenant, il y a trois sujets (même quatre) importants dans la stratégie d'Equasens.

L’intelligence artificielle

J’en parlais déjà un peu plus haut, mais l’IA est clairement l’un des gros sujets pour Equasens.

Et là, je pense qu’il faut éviter de tomber dans le raccourci classique : “l’IA va remplacer tous les logiciels métiers”.

À mon sens, c’est beaucoup plus nuancé que ça.

Est-ce qu’un pharmacien va utiliser ChatGPT ou Claude pour se créer lui-même un outil de gestion d’ordonnances, avec toutes les contraintes réglementaires, les données de santé, les contrôles, la traçabilité et les risques juridiques ? Franchement, je n’y crois pas une seconde.

Pour faire un petit outil interne, un site vitrine, un tableau de bord ou automatiser deux-trois tâches simples, pourquoi pas. Mais dès qu’on parle de santé, ce n’est plus le même sujet. La donnée est sensible. Les erreurs peuvent avoir des conséquences. La confidentialité, les biais, le RGPD, l’AI Act, l’hébergement des données, tout ça devient central.

C’est justement là qu’Equasens essaie de se positionner. L’idée n’est pas de dire : “voilà une IA magique qui fait tout”. L’idée est plutôt d’intégrer progressivement de l’IA directement dans les logiciels métiers que les professionnels utilisent déjà.

Et ça, je trouve que c’est beaucoup plus crédible.

Le but est assez concret : faire gagner du temps, réduire les tâches administratives, aider à la saisie, sécuriser certaines décisions et rendre les logiciels plus intelligents au quotidien.

Dans la pharmacie, par exemple, id. genius permet de lire et saisir automatiquement les ordonnances. L’outil peut aussi proposer des alternatives et faire des contrôles en temps réel. id. assistant, de son côté, ressemble davantage à un assistant documentaire entraîné sur la documentation du logiciel et des sources scientifiques. Dans les logiciels médicaux, l’IA peut servir à intégrer automatiquement des documents dans le dossier patient, générer des synthèses, aider à la prévention ou faire remonter des informations utiles au médecin. Dans les soins à domicile, il y a aussi le projet Opti’soins, qui vise à suggérer des soins à partir de l’historique du patient, de sa pathologie et des plans de soins existants.

Et puis il y a LOQUii, l’IA vocale médicale du groupe. Là, l’idée est simple à comprendre : transformer une conversation orale entre un professionnel de santé et un patient en écrit structuré. Pendant une consultation, l’outil peut retranscrire l’échange, alimenter le dossier médical et préremplir certains documents.

Ce n’est pas forcément spectaculaire comme peut l’être une IA générative grand public, mais dans la vie quotidienne d’un médecin ou d’un professionnel de santé, ça peut faire gagner énormément de temps.

Pour encadrer tout ça, Equasens a aussi créé un IA Lab. Le rôle n’est pas seulement de développer des fonctionnalités IA, mais aussi de poser un cadre propre : sécurité, gouvernance des données, conformité RGPD, AI Act, formation interne et bonnes pratiques.

Et je pense que c’est important. Dans la santé, on ne peut pas juste lancer des fonctionnalités IA à moitié maîtrisées et voir ce qui se passe. Il faut que ce soit robuste, encadré et acceptable pour les professionnels.

Le SaaS

Le deuxième sujet que je voulais évoquer dans la stratégie, c’est le SaaS.

Historiquement, Equasens a beaucoup fonctionné avec des logiciels installés, du matériel, de la maintenance et des services. C’est un modèle qui a très bien fonctionné, notamment dans les pharmacies, mais qui doit évoluer.

Le passage progressif vers le SaaS peut apporter plusieurs avantages. Les revenus deviennent plus récurrents, les mises à jour sont plus simples à déployer, la relation avec le client devient plus continue, et les logiciels peuvent évoluer plus vite.

Sur le papier, c’est évidemment positif. Mais attention, ce n’est pas automatique. Passer au SaaS demande aussi des investissements, une bonne infrastructure, une vraie qualité de service, et parfois une phase de transition qui peut peser sur les marges ou sur la lisibilité du chiffre d’affaires.

Ce que je trouve intéressant chez Equasens, c’est que le groupe ne part pas de zéro. Il dispose déjà de son propre Cloud Santé Privé, hébergé en France, certifié HDS et ISO 27001.

Et dans la santé, ce n’est pas un détail. L’hébergement des données est un sujet ultra-sensible. Avoir une infrastructure sécurisée, conforme et déjà adaptée au secteur peut devenir un vrai avantage, surtout si Equasens y connecte progressivement ses logiciels SaaS et ses outils d’IA.

C’est un point que le marché peut parfois sous-estimer. Le SaaS dans la santé, ce n’est pas juste “mettre un logiciel en ligne”. Il faut gérer la sécurité, la conformité, la disponibilité, l’interopérabilité et la confiance des utilisateurs.

Aujourd'hui, un peu moins de la moitié des revenus est récurrent, en hausse de 8.8% en 2025.

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La stratégie patient centré

Le troisième axe, et probablement le plus important à long terme, c’est la stratégie autour du patient.

Aujourd’hui, un patient peut être suivi par un pharmacien, un médecin généraliste, un spécialiste, un EHPAD, un hôpital, un service de soins à domicile, parfois plusieurs structures en même temps. Et dans la vraie vie, tous ces acteurs ne communiquent pas toujours bien entre eux.

C’est là qu’Equasens veut se positionner.

Le groupe ne cherche pas seulement à vendre un logiciel isolé à chaque métier. Il veut faire communiquer ces logiciels entre eux. Et si cette logique fonctionne, la valeur du groupe peut devenir beaucoup plus forte, parce que chaque brique renforce l’écosystème.

Par exemple, dans les EHPAD, Equasens veut développer une sorte d’équipe de soins numérique autour de l’établissement. Avec TitanLink et pandaLAB Pro, l’idée est de faciliter les échanges avec des médecins spécialistes, d’organiser de la téléconsultation, de partager des informations et de fluidifier la coordination.

Dans les logiciels médicaux, le groupe veut aussi aller vers un espace de santé plus connecté, avec une application patient, des rappels automatiques, des documents partagés, des agendas synchronisés, des alertes et des liens avec Mon Espace Santé.

La logique est assez simple : plus le système de santé devient fragmenté, plus les outils capables de connecter les professionnels entre eux prennent de la valeur.

Et à mon sens, c’est exactement le terrain sur lequel Equasens doit jouer. Pas forcément essayer de devenir le plus “sexy” des acteurs de la santé numérique, mais devenir une infrastructure logicielle difficile à remplacer pour les professionnels.

Le Ségur du numérique en santé

Le Ségur du numérique en santé est aussi un élément important dans l’histoire.

Pour faire simple, l’objectif du Ségur est d’améliorer le partage sécurisé des données de santé entre les professionnels et les patients. Pour des éditeurs comme Equasens, c’est à la fois une contrainte et une opportunité.

C’est une contrainte parce que les logiciels doivent être mis à jour, certifiés et conformes à des exigences techniques précises. Ça demande du temps, de la R&D et des ressources.

Mais c’est aussi une opportunité, parce que l’État pousse tout le secteur vers plus de modernisation, plus d’interopérabilité et plus de partage de données. Et quand un secteur réglementé est poussé dans une direction précise, les acteurs déjà bien installés peuvent en profiter.

Equasens a déjà plusieurs solutions référencées dans la vague 1 du Ségur, comme MédiStory, MédiLink, easy-care, id., TitanLink, DomiLink ou HospiLink. La vague 2 va plus loin, notamment sur la sécurité, le partage de documents médicaux, le DMP et Mon Espace Santé.

À mon sens, le Ségur peut soutenir la demande, mais aussi renforcer les barrières à l’entrée. Parce que tous les petits éditeurs ne peuvent pas forcément suivre si les exigences deviennent de plus en plus lourdes.

Et dans ce genre de contexte, la taille, l’expérience réglementaire et la capacité d’investissement peuvent faire la différence.

La croissance externe

Equasens continue aussi de regarder des acquisitions, en France comme à l’international.

Là encore, ce n’est pas très surprenant. Le groupe a déjà montré qu’il pouvait acheter des briques spécialisées et essayer ensuite de les intégrer dans son écosystème.

Les cibles peuvent être de plusieurs types : des technologies qui ajoutent de nouveaux produits, des solutions qui renforcent la stratégie autour du patient, ou des sociétés qui apportent des parts de marché et des synergies avec les activités existantes.

Sur le papier, c’est cohérent. Mais comme toujours avec la croissance externe, le vrai sujet, c’est l’exécution.

Acheter une société, ce n’est pas le plus difficile. Le vrai sujet, c’est d’intégrer les produits, les équipes, les cultures et les technologies. Et plus Equasens empile les briques, plus il faudra être capable de garder un ensemble lisible et cohérent.

C’est donc un levier intéressant, mais aussi un point de vigilance.

La R&D

Derrière tous ces sujets, il y a évidemment la R&D.

Equasens n’a pas vraiment le choix : ses logiciels doivent évoluer en permanence. Les clients du groupe travaillent dans un environnement réglementé, technique et changeant. Les pharmaciens, les médecins, les hôpitaux, les EHPAD ou les services de soins à domicile n’ont pas seulement besoin d’un logiciel qui fonctionne aujourd’hui. Ils ont besoin d’un outil qui suit les nouvelles règles, les nouveaux usages, les nouvelles missions et les contraintes de sécurité.

La R&D sert donc à maintenir les solutions existantes, développer de nouveaux modules, intégrer l’IA, basculer progressivement vers plus de SaaS et adapter les produits aux différents marchés.

C’est moins visible qu’une grosse acquisition ou qu’une annonce autour de l’IA, mais c’est probablement le vrai moteur de fond du groupe.

One pager : L'essentiel en une page

Si vous me suivez déjà sur les réseaux sociaux, je partage régulièrement ce format 100% custom par mes soins avec à mon sens les éléments essentiels.

Dans cette thèse, je ne m'attarde pas nécessairement sur les résultats financiers et le bilan qui sont pour moi bons voir très bons, et en plus la société n'a quasiment aucune dette.

J'ai développé mon propre système de scoring quantitati qui attribue une note de 80/100 à Equasens traduisant une entreprise solide avec un niveau de valorisation attractif à l'heure où j'écris ces lignes.

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La force de l'avantage concurrentiel d'Equasens

Maintenant, avec tout ce qu'on vient voir, ce qui nous intéresse en tant qu'investisseur de long terme c'est la capacité de l'entreprise à générer de la croissance, défendre et améliorer ses marges pour créer de la valeur.

Et pour y arriver, un élément essentiel à étudier c'est la force de l'avantage concurrentiel de l'entreprise, autrement dit le fameux "MOAT".

C'est là que la thèse devient intéressante.

Concernant Equasens, pour y répondre, il faut tout simplement se poser les bonnes questions :

  • Une pharmacie indépendante cliente du groupe a-t-elle intérêt à changer de logiciels ? à mon sens la réponse est non dans la mesure où l'ensemble de solutions proposées par Equasens est complète et la société cherche constamment à améliorer ses produits. L'autre point trop souvent négligé dans les analyses, c'est la formation des équipes aux outils. Je peux vous dire qu'à travers mon expérience personnelle, quand vous déployez un logiciel dans une entreprise, partant du postulat que les salariés français sont assez réfractaires au changement ("C'était mieux avant"), c'est du temps, de l'énergie et de l'argent pour changer de logiciel qui va à peu près proposer les mêmes fonctionnalités. Et quand on est patron, ce qu'on veut c'est se concentrer sur son business et pas à devoir éteindre des feux et dépenser de l'énergie et de l'argent dans le reste. Le vrai coût de changement c'est aussi la migration de toutes les données (historiques des ventes, backoffice de commande, références ...), un vrai casse-tête ! Tout ceci implique une perte temporaire de productivité. Ce qui pourrait en revanche pourrait faire répondre oui, c'est si un concurrent arrive avec une meilleure solution (pas forcement un meilleur prix) qui répond à un besoin client non résolu.

  • Equasens peut-il augmenter ses prix de façon régulière ? Oui mais sans en abuser. Quand tout votre écosystème est parfaitement fonctionnel, intégré et les équipes ont bien pris l'habitude de travailler avec, et surtout si vous en êtes satisfait et c'est plutôt le cas des solutions Equasens (40% de parts de marché dans les pharmacies), vous acceptez annuellement des augmentations de tarifs.

  • De nouveaux concurrents peuvent-ils entrer facilement sur le marché ? Les fameuses barrières à l’entrée. Elles me semblent réelles chez Equasens, surtout à cause de la réglementation, de la complexité métier, de la base installée et de la crédibilité nécessaire pour vendre à des professionnels de santé, mais elles ne sont pas infranchissables, comme le montre Doctolib qui arrive à gagner du terrain dans les logiciels médicaux grâce à sa marque, sa base utilisateurs et ses moyens financiers

  • Equasens peut-il se faire disrupter ? J'en parlais un peu plus haut mais à mon sens Equasens investit clairement dans le cloud santé, le SaaS, l’IA, le Ségur, l’interopérabilité et la cybersécurité, ce qui peut renforcer son avantage si ces outils rendent ses clients plus dépendants de son écosystème, mais la transition peut aussi devenir un risque si des acteurs plus modernes comme Doctolib vont plus vite, si le SaaS facilite les migrations ou si une faille cyber vient abîmer la confiance.

Un autre point à mon sens peu évoqué et qui me parait un bouclier "anti-évasion" d'une partie de ses clients : son actionnariat. Je m'explique.

Aujourd'hui, Equasens est détenu en majorité par Marque Verte Santé, elle-même détenue par La Coopérative Welcoop.

Welcoop, c’est un point assez important dans le dossier Equasens, parce que ce n’est pas un actionnaire financier classique. C’est une coopérative de pharmaciens, créée à Nancy en 1935, qui détient directement et indirectement environ deux tiers du capital d’Equasens. En clair, Equasens est cotée, mais la stratégie reste largement contrôlée par un actionnaire industriel très lié au monde de la pharmacie.

Pour moi, c’est plutôt un avantage. Welcoop connaît très bien les officines, leurs contraintes, leurs besoins et l’évolution du métier. Et Equasens représente la brique technologique de cet écosystème : logiciels, cloud santé, outils métier, interopérabilité, solutions pour les pharmacies, médecins, EHPAD, hôpitaux et soins à domicile. L’idée n’est donc pas seulement de vendre des logiciels, mais de renforcer progressivement le rôle du pharmacien et de mieux connecter les professionnels autour du patient.

Le vrai point positif, c’est la stabilité. Welcoop n’a pas une logique de fonds qui cherche une sortie rapide. L’actionnaire pense plutôt long terme, avec une vraie proximité métier et un écosystème autour de la santé : logistique, médicaments, groupements de pharmacies, maintien à domicile, parapharmacie, etc. Cela peut aider Equasens à tester, distribuer et intégrer ses solutions dans un environnement qu’elle connaît déjà très bien.

Et surtout, et c'est ma lecture, vu que la coopérative rassemble des milliers de pharmaciens, c'est aussi une base de propriétaires/clients qui utilisent leurs propres solutions. Si vous êtes investis de manière directe ou indirecte dans une société, vous vous voyez utilisez les produits d'un concurrent ?

En revanche, il faut aussi voir la limite. Pour un actionnaire minoritaire, Equasens n’est pas vraiment une société “contrôlable” par le marché. Welcoop décide de la trajectoire. Il y aura peu de pression activiste, peu de probabilité d’OPA hostile, et la stratégie pourra parfois privilégier des logiques industrielles ou coopératives plutôt qu’une maximisation rapide de la valorisation boursière.

En synthèse, je pense que Equasens bénéficie d'un avantage concurrentiel important qui lui permettra de protéger sa croissance et ses marges dans les années à venir. C'est tout l'objet de ma thèse.

Valorisation et juste prix

En utilisant le superbe outil de Baggr pour calculer mon juste prix, je tombe sur à peu près 50€ (j'arrondi au plus bas).

Je prend toujours des données assez conservatrices voir pessimistes pour optimiser au maximum la marge de sécurité.

Très clairement ici, Equasens est pour moi décôté pour les raisons que j'ai évoqué notamment à cause de la peur de la disruption de l'IA.

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Le titre s'échange avec un PE d'à peu près 15x les bénéfices pour une médiane à 10 ans de 28x.

Je ne pense pas que la société retrouvera ce niveau de valorisation dans le futur, à moins d'une explosion de sa croissance mais très raisonnablement peut remonter aisément à 17/18x les bénéfices.

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Je trouve que c'est encore plus flagrant quand on regarde le P/FCF qui tombe à ... 9.8x !

Pour une médiane à 20x.

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Décoté ne veut pas dire assuré. Le marché peut continuer de vouloir trasher le secteur et Equasens avec et le titre peut donc chuter encore bien davantage.

Avant de passer à la conclusion de ma thèse et vous livrer mon avis, je veux vous parler avant des risques que j'estimes majeurs concernant l'entreprise.

Les principaux risques qui pourraient invalider ma thèse

Les risques d’Equasens ne viennent pas vraiment du bilan. Financièrement, le groupe est plutôt solide. Les vrais sujets sont ailleurs : la cybersécurité, la réglementation, la concurrence, la transition technologique et les acquisitions.

Le risque cyber

Pour moi, c’est clairement le risque numéro un.

Equasens travaille avec des pharmacies, des médecins, des EHPAD, des hôpitaux et des structures de soins. Le groupe héberge aussi des données de santé. Donc une cyberattaque ne serait pas juste un problème technique. Elle pourrait bloquer les outils des clients, exposer des données sensibles, créer un risque réglementaire et surtout casser la confiance.

Et c’est probablement le point le plus important. Equasens vend de la sécurité, de la fiabilité et de la continuité de service. Si une faille grave arrivait, l’impact sur l’image pourrait être très violent.

C’est donc un risque à suivre de près : incidents cyber, certifications HDS et ISO 27001, interruptions de service, investissements en sécurité et coûts liés à la protection des données.

La dépendance à la France et à la réglementation

Pas mal non ? Et c'est français !

Le deuxième gros risque, c’est la dépendance au marché français. Equasens réalise encore 87,5 % de son chiffre d’affaires en France, ce qui expose fortement le groupe aux décisions publiques.

Le risque n’est pas forcément qu’une loi touche directement Equasens. Le vrai risque, c’est plutôt que les clients du groupe soient fragilisés. Si les pharmacies voient leur rentabilité baisser à cause d’une réforme, elles peuvent reporter certains investissements numériques.

C’est un point important, parce que la pharmacie reste la base historique du groupe. Il faut donc surveiller la rentabilité des officines, les fermetures de pharmacies, les décisions sur les génériques, la rémunération des pharmaciens et l’évolution du Ségur numérique.

La concurrence, surtout chez les médecins

Dans les pharmacies françaises, Equasens a une position forte. En revanche, le risque concurrentiel me semble plus important dans les logiciels médicaux.

Le marché des logiciels pour médecins est encore très fragmenté, mais il bouge vite. Doctolib, par exemple, est déjà très présent dans le quotidien des médecins avec la prise de rendez-vous, et pousse maintenant davantage vers le logiciel métier.

Le danger est assez simple : si un acteur comme Doctolib devient l’interface principale du médecin, Equasens aura plus de mal à imposer ses propres solutions médicales.

C’est donc un sujet à suivre : croissance de Medical Solutions, parts de marché chez les médecins, dynamique de MédiStory, easy-care et Calimed, pression tarifaire et montée en puissance de Doctolib.

La transition SaaS, IA et cloud

Equasens doit aussi réussir sa transition technologique.

Le groupe doit aller vers plus de SaaS, plus de cloud santé et plus d’intelligence artificielle. C’est une opportunité, mais ce n’est pas automatique. Cette transition peut coûter cher, prendre du temps et peser sur les marges.

Le risque, comme je le disais, c’est qu’Equasens n’aille pas assez vite. Si les clients préfèrent des solutions plus modernes, plus simples et plus intégrées, l’avantage historique du groupe peut s’affaiblir.

L’IA ajoute aussi des risques spécifiques : erreurs, hallucinations, protection des données, conformité RGPD et AI Act, cybersécurité et dérive des modèles. Dans la santé, on ne peut pas se permettre d’intégrer de l’IA n’importe comment.

À suivre : revenus SaaS, adoption des modules IA, coûts cloud, marge opérationnelle et incidents liés aux nouveaux outils.

Les acquisitions

Equasens utilise aussi la croissance externe pour ajouter des briques à son écosystème. C’est cohérent avec la stratégie, mais cela crée un risque d’exécution.

Acheter des sociétés peut accélérer la croissance. Mais si le groupe empile les acquisitions sans bien les intégrer, il peut devenir plus complexe, moins lisible et moins rentable.

Le sujet n’est donc pas seulement d’acheter de bonnes entreprises. Il faut réussir à intégrer les produits, les équipes, les cultures et les technologies.

C’est un point à surveiller à travers la croissance organique, les marges des sociétés acquises, les synergies, le goodwill et les éventuels compléments de prix.

Les certifications et la supply chain

Il y a aussi deux risques plus spécifiques.

Le premier, ce sont les certifications. Dans la santé, des agréments comme HDS, ISO 27001, SESAM-Vitale, le marquage CE ou la conformité Ségur ne sont pas des détails. Une perte ou un retard de certification peut bloquer certaines offres importantes.

Le second, c’est le matériel. Equasens vend encore des configurations et des équipements, ce qui expose le groupe aux pénuries, aux hausses de prix et aux retards fournisseurs. Ce n’est pas le risque le plus grave, mais cela peut peser sur les marges et la croissance à court terme.

Conclusion

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Pour moi Equasens est une opportunité au cours actuel. Les regards sont détournés de ce secteur et qui plus est, c'est une small cap. L'entreprise a réussi a bien implantée ses solutions, particulièrement dans les pharmacies françaises et l'expansion internationale dans les autres pays européens offre un beau potentiel de croissance, si bien exécuté.

Je le redis, je ne pense pas que l'IA soit une menace, bien au contraire, plutôt un accélérateur dans l'optimisation des solutions proposées, à condition d'être rapide dans le déploiement et la mise en place.

Le secteur SaaS depuis le début de l'année, même si il commence (très) légèrement à retrouver des couleurs, s'est bien fait sanctionné par le marché à cause de la peur de la disruption par IA. En attendant, de retrouver l'appétit des investisseurs et pour patienter, je n'en ai pas parler mais la société offre un joli dividende, fiable et sécurisé avec un rendement supérieur à 3%.

Les points à surveiller : l'évolution de la réglementation française, l'exécution de la stratégie d'expansion ainsi que le déploiement des solutions boostées à l'IA.

Tout ceci n'est bien évidemment pas un conseil en investissement, mais une base de réflexion dans vos recherches.

Merci de m'avoir lu.

Adrien

L'Analyste Curieux

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Commentaires (4)

KKyauto12 juin 2026

Je connaissais Pharmagest à l'époque et je pensais que la société avait été racheté par un fond d'investissement et Equasens était pour moi un énergéticien. 😂 Du coup merci beaucoup pour la thèse et les rappels de l'activité de la société. Je trouve la valorisation intéressante et similaire à Wolter Kluwer sauf que le dividende est perçu à 100% dans le PEA, donc c'est intéressant de le voir à travers ce prisme SaaS compunder.

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AAdrien | L'Analyste Curieux13 juin 2026

Merci pour ton retour !

QQuentinMano11 juin 2026

Merci beaucoup! Actionnaire depuis fin 2022, la chute est longue. Elle a peu a peu été repricée d'une entreprise de croissance tech à une entreprise lambda. Fondamentalement tout est là mais c'est un peu long parfois ^^. Je suis du secteur et je peux te dire que en pharmacie ils sont ultra dominant, le logiciel Titan en EHPAD est clairement un des meilleurs, à voir si ils arrivent à se faire une place. Coté logiciel médical medistory a une super réput sur les blogs mais l'interopérabilité avec la prise de rdv en ligne fait que doctolib est en train de tout écraser en ce moment. J'avoue que je l'ai préféré également. Pour moi le principal problème est que la croissance viendra surtout de la croissance externe en europe mais avec un gros risque d'execution. A contrario, ils sont ultra dominant en france en pharmacie mais en stagnation/décroissance. Le combo des deux me fait hésiter à rentrer fortement.

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AAdrien | L'Analyste Curieux13 juin 2026

Ah ça c’est intéressant quand on est dans le secteur ! merci pour ton retour. En France il faut qu’ils développent davantage de services additionnels à forte valeur ajoutée notamment grâce à .. l’iA

Ppollux10 juin 2026

bravo pour cette belle thèse sur une valeur où je suis bien investi avec une vision équivalente. le bémol qui peut être un avantage est la faible liquidité.

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AAdrien | L'Analyste Curieux13 juin 2026

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de me faire un retour. Comme tu dis c’est à la fois un avantage et un inconvénient

Hugo - IQ InvestHugo - IQ Invest8 juin 2026

Super thèse bravo, ça fait des années que j'entends parlé d'Equasens, je n'avais jamais creusé le dossier :)

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AAdrien | L'Analyste Curieux10 juin 2026

Merci Hugo 🙏

Dernière mise à jour : 7 juin 2026