Disney : ce qui compte pour moi c’est le code HEPA
1- Le gros problème du jargon financier.
En finance ou pour décrire un business, les mots de vocabulaire utilisés condamnent parfois l'analyse d'avance. Pour Disney, le jargon financier nous pousse à les classer dans « le secteur du divertissement ». Il faudrait les comparer de près ou de loin à Sony, à Universal, à Netflix... Les « parcs d'attractions » seraient, eux, en concurrence avec d'autres parcs à thème ou des alternatives touristiques comme le camping ou l' hotel du coin... Mais ces mots-clés, « divertissement » et « parc », ne sont pas appropriés pour parler de Disney, car dans « les parcs » Disney, il y a le CODE HEPA.
2- Dans les parcs (surtout Walt Disney World), les équipes de nettoyage ont un code interne discret : le « HEPA cleanup » (ou « white powder alert »). Il signale qu’un visiteur a dispersé les cendres d’un défunt dans le parc...

… et ce n’est pas anodin. Ce rituel clandestin arrive plusieurs fois par moi! C’est l’ultime preuve que les fans de disney voient le parc comme un lieu sacré approprié pour le repos éternel de leur proche. Est-ce important? Selon moi, pour faire un bon investissement, il faut pouvoir répondre aux 3 questions : combien vais-je gagner, quand vais-je le gagner, à quel point en suis-je certain ? et Si je devais choisir ce qui est le plus certain de générer du cash, tous les ans, avec certitude pour les siècles à venir, j’achèterais une part du Vatican si c' etait possible… Disney est la seule entreprise dont le modèle économique se rapproche le plus d’un culte religieux, avec ses histoires sacrées, ses sanctuaires, ses lieux de pelerinage, et transmission iconographique, (et le code HEPA pour les défunts).
3 La Walt Disney Company est donc pour moi un cas unique : un business qui génère ses cash flows sur le modèle économique d’une religion, et ses investissements récents vont dans ce sens. Star Wars par exemple était une religion revendiquée par des centaines de milliers de personnes au moment du rachat. Marvel est littéralement une mythologie grecque ou romaine modernisée (parfois même sans métaphore, avec Thor qui est un dieu officiel de la mythologie nordique). Alors normalement, pour gérer une religion sur des siècles ou des millénaires, il suffit de faire vivre ses principes sacrés et de respecter ses dogmes. L’histoire peut et doit rester la même, et alors les fidèles sont au rendez-vous… et l' avantage est qu' ils s’occupent eux-mêmes de la transmission du culte à leurs enfants, ce sont les fans qui perpétuent la traditions à travers les générations.

4 Et donc la plus grande tragédie de Disney a été de ne même pas comprendre cela ces 6 dernières années, c' est pourtant tellement évident! Pour une raison que j'ignore, Disney a décidé d’attaquer ses propres histoires, et parfois d’insulter les fans qui s'en plaignaient. Imaginez McDonald’s vous vendant une salade de quinoa dans une boîte de Big Mac en jurant que rien n'a changé : c'est exactement ce que Disney a tenté de faire avec ses franchises... La marque a donc frôlé la perte d’âme, cassé les courroies de transmission intergénérationnelle, et constaté ses échecs comme avec Star Wars, arrivant même à la destruction comptable d’un hôtel à 1,5 milliard qui devait lui être dédié. Avec toutes ces erreurs, pour moi c’était la fin. J’ai vendu mes actions en 2021, me disant que les gens responsables du désastre étaient les plus gros idiots incompétents qu’il m’ait été donné de voir en management. Alors, qu’est-ce qui a changé ?
Ceci ... 2025 est le Record de Revenus pour « Experiences » (les parcs et crosieres) à 36,1 milliards sur les 94,4 du chiffre d'affaires total!

En 2025, le segment Experiences fait 10,0 milliards $ de bénéfices opérationnels! Un record (+8 % sur un an), soit une contribution aux profits du groupe de 2/3 (alors que le segment ne représente que 38 % des revenus totaux).

La rasion est qu' avec toutes ses bêtises dans le management de ses franchises, Disney s'est vu contraint de sauver les meubles en augmentant dramatiquement le prix des parcs depuis 2022. Et miracle cela a fonctionné : les clients sont toujours là. Une expérience tout compris haut de gamme à Disney World pendant une semaine coûte désormais plus cher pour une famille américaine de 4 personnes que de venir en France à Courchevel dans un hôtel étoilé (avion et taux de change défavorable compris). il y a egalement L'expansion de la flotte de croisières : Disney Cruise Line est actuellement le segment qui croît le plus rapidement au sein de la division "Experiences". Le groupe double sa capacité d'accueil avec plusieurs nouveaux navires entre 2025 et 2026. Ces croisières affichent des taux d'occupation proches de 100 % et des marges opérationnelles très élevées, car elles permettent de contrôler l'intégralité des dépenses du client durant son séjour.
Et puis il y a eu la baisse de tourisme aux USA (baisse covid durable, inflation, élection de Trump) : on estime que la fréquentation internationale aurait baissé de 20 % aux usa, alors Disney a fait revenir les familles américaines avec des tarifications spéciale, comme des réductions et surtout les repas gratuits pour les enfants de 6 à 9 ans. Ce n’est malheureusement pas un retour à la normale pour ces familles modestes, et la fréquentation doit revenir, mais les signaux sont tres encourageants sur ce sujet.
Ainsi Malgré les hausses tarifaires massives et la baisse du tourisme international, la fréquentation est finalement stable, et les dépenses par visiteur montent +4-8 %! Disney a donc démontré un pricing power et une résilience de marque hors du commun : c’est la preuve que le moat culturel est plus fort que les cycles économiques et que les bêtises récentes du management sur la partie entertainment.
Alors Le parallèle religieux est-il exagéré? Comme le Vatican, Disney world possède un immobilier avec avantage fiscal et une autonomie administrative qu' aucun concurrent ne peut s' acheter aujourd hui. Disney organises des rites de passage collectifs (pèlerinage annuel, parades, rencontres avec des personnages mythologiques) reposant sur des mythes actualisés (Frozen, Le Roi Lion, Moana, Marvel, Star Wars…). Entre 2019 et 2024, Disney a traversé une crise en basculant dans un activisme « woke » radical, la direction créative a tenté d'imposer de nouveaux dogmes au détriment du storytelling universel et intemporel. Cette période a donné lieu à des querelles de clocher d'une violence inédite par la marque, la direction créative est allée jusqu'à excommunier symboliquement une partie de sa base historique en qualifiant les fans mécontents d' etre toxique. Et ce n'était pas une guerre de parts de marché mais une bataille pour l'âme de la marque et de ses franchises, dont le coût s'est chiffré en milliards de dollars de capitalisation et de free cash flow évaporée. Et puis En 2024, l’activiste Nelson Peltz a tenté de récupérer Disney pour imposer un changement de gouvernance et revenir aux bases, avec sa campagne "restore the magic". c' est La team bob Iger qui a gagné haut la main (Iger réélu à 94 %) mais le débat public a eu lieu... Et aujourd'hui, dans le rapport financier de 2025, Disney reconnaît explicitement tous les risques liés aux erreurs commises et qu'ils ont nié pendant 5 ans : réputation, exécution créative, perte de connexion avec le public familial, etc… Ces risques sont maintenant listés parmi les facteurs clés qui pourraient impacter les résultats futurs. Le secret, c'est qu'après avoir listé ces risques auprès de leurs investisseurs, si la marque ne fait rien pour les minimiser, elle sera attaquable par ses actionnaires sur le plan légal. Un retour à la normale est désormais presque contraint!
Perspectives de Développement : Expansions Massives et Retour aux Sources ?
Les parcs continuent de grandir. Disneyland Paris : ouverture de World of Frozen et Disney Adventure World le 29 mars 2026 (doublement du parc disney studio), et Lion King land en construction. Aux USA : Tropical Americas (Animal Kingdom 2027), Villains Land prévus… et enfin un futur Resort complet à Abou Dhabi (~2030). Disney investit en ce moment 60 milliards $ sur 10 ans dans les parcs pour les agrandir, les moderniser et en ouvrir de nouveaux. Par ailleurs, proportionnellement à ce chiffre de 60mrd$, on peut estimer que si Disney devait reconstruire les parcs existants avec achat des terrains, il faudrait 150 à 180 milliards $ et la rentabilité opérationnelle serait de 5 à 6,5 %, acceptable. Hors aujourd'hui, la capitalisation boursière de Disney est de 178 milliards $! On peut donc acheter Disney pour la valeur de ses parcs existants, qui sont rentables par eux-mêmes pour cette somme. Tout le reste du business Disney est donc presque gratuit...
Mais le vrai tournant est attendu dans la narration de ses œuvres. Depuis 2025, Disney montre des signes tangibles de retour à la normale : Bob Iger répète : « Our priority is to entertain » (pas d’agenda politique). Dans le rapport 2025 , on constate la disparition du langage DEI pur, remplacé par « Talent Strategy » et « Belonging ». Et enfin l'abandon des politiques de diversité forcée et des avertissements « sensitive content » sur les classiques (Disney était quand même arrivé au point où les gens aux commandes auto-labellisaient leurs histoires comme toxique ou sensible, c'est fou quand on y pense…).
Ensuite, concernant le direct to consumer (disney+ /Hulu) les revenus sont a 24m$ (+8%) et les bénéfice sont enfin la (1.3m$), c est en effet moins que netflix en 2026 .. mais cela correspondant à ce qu'était netflix en 2019 environ. Disney possède un avantage de transparence : ses œuvres ont une "vie" préalable au cinéma ou en télévision. On peut donc quantifier leur succès et leur empreinte culturelle, là où Netflix reste une boîte noire aux données invérifiables. par ailleurs les cout de production devrait baisser avec l'IA sur le direct to consummer et les films de cinema, mais l'IA pose t elle un probleme? Disney possède un catalogue de propriétés intellectuelles qui ne coûtent rien à entretenir: Chaque rachat (Fox, Lucasfilm, Marvel) a apporté des milliers de personnages qui attendent une "résurrection". Dans un monde d'IA générative où le coût de production du contenu va tendre vers zéro, la seule valeur résiduelle sera la notoriété de la marque et des personnages, ainsi que le pipeline de distribution. Si n'importe qui peut générer un film d'animation de qualité 4K chez soi, pourquoi regarder celui de Disney ? Parce que c'est Iron man. Parce que c'est le roi lion... La barrière à l'entrée n'est pas le talent ou le prix, elle est mythologique. On achètes la plus grande bibliothèque de souvenirs collectifs de l'humanité pour une fraction de sa valeur de remplacement. (Enfin Disney a lancé fin 2025 la version "Direct-to-Consumer" intégrale d'ESPN (sport). L'objectif est de compenser la baisse des revenus de la télévision câblée traditionnelle. En intégrant les paris sportifs!)
En conclusion, le bénéfice pourrait doubler.
Avec le retour aux franchises rentables et à l’ADN originel, 30 à 50 % de bénéfices supplémentaires sont récupérables sur la branche Entertainment.
Avec l’expansion massive des parcs (60 milliards $ d'investissements), le segment Experiences pourrait croître de 30 à 50 % d'ici 5 à 10 ans.
Enfin, avec une branche Direct-to-Consumer désormais rentable, 10 % de bénéfices additionnels sont à portée de main.
À un ratio P/E de 15, la valorisation actuelle est prudente : elle ne prend pas en compte une explosion possible des profits de 80 % à 110 %. On achète un actif exceptionnel au prix d'une entreprise normale.
La question de fond reste simple : Disney va-t-il réellement rétablir la courroie de transmission générationnelle qui a fonctionné pendant 100 ans, et dans ce cas, on paierait un business exceptionnel à un prix normal, ou est-ce la machine est cassée ? On ne peut pas en être 100% sûr aujourd'hui car il va falloir des succès tangibles sur ses prochains films, mais les pièces sont en place pour que ça arrive.
Je fais donc le pari du MOAT comme étant le plus fort dans cette histoire, et je surveillerai comme le lait sur le feu la stratégie de retour des familles dans les parcs et dans l’audience des contenus Disney.
Ceci n'est pas un conseil, simplement mon avis!