
Les ratios financiers pour les nuls (C’est facile)
Comprendre les ratios boursiers : EPS, PE, PEG, ROE, ROIC (avec l'exemple d'un glacier)
Si vous débutez en bourse — en stock picking comme en ETF — il y a beaucoup de termes essentiels à comprendre : EPS, PE, free cash flow… Dans cet article, je regroupe les ratios qui me semblent fondamentaux. À la fin, vous devriez avoir les bases pour comprendre et surtout interpréter un EPS, un PE, un PEG ou un ROE.
Même pour un investisseur en ETF, ces notions sont indispensables : le PS et le PE, par exemple, permettent de comprendre pourquoi on dit qu'un marché est survalorisé.
Rappel : pourquoi la bourse rapporte
La bourse est le meilleur placement à long terme (environ 8 à 10 % par an depuis plus de 100 ans). Pourquoi ? Parce que la bourse, ce ne sont que des entreprises, et une entreprise a pour obligation de gagner de l'argent et d'augmenter ses profits année après année. En tant qu'actionnaire, vous avez droit à une part de ces profits : si les profits augmentent, votre part augmente, et votre capital s'apprécie.
Pour tout comprendre, prenons un exemple simple filé tout au long de l'article : un glacier.
Des revenus aux bénéfices nets : la cascade
Les revenus (chiffre d'affaires)
À la base, tout est flux de cash : une entreprise vend des produits ou services contre de l'argent. C'est le chiffre d'affaires (aussi appelé revenue, sales ou topline) : combien l'entreprise a encaissé au total, soit la quantité vendue × le prix.
Si je vends 100 glaces à 4 €, mes revenus sont de 400 €. Pour les augmenter, deux leviers : vendre plus (croissance) ou augmenter mes prix (pricing power, si j'ai un avantage compétitif).
À noter : les entreprises regroupent souvent leurs différents produits en segments (si j'ajoute des crêpes, j'aurai un segment glaces et un segment crêpes).
Les bénéfices bruts
Les bénéfices bruts (gross profit) = revenus − coûts de production (les COGS, cost of goods sold : matières premières, main-d'œuvre, distribution).
Si chaque glace me coûte 1 € à fabriquer et que je la vends 4 €, sur 400 € de ventes j'ai 100 € de coûts, donc 300 € de profit brut et 75 % de marge brute.
Les bénéfices opérationnels
Les bénéfices opérationnels (operating income) retranchent les grandes catégories de coûts opérationnels : ventes et marketing (S&M), administration (G&A), recherche et développement (R&D), et dépréciations et amortissements (D&A).
Si je paie 50 € à mon comptable et 50 € pour une affiche à la mairie (marketing), j'ai 100 € de dépenses opérationnelles. Il me reste 200 € de bénéfice opérationnel, soit 50 % de marge opérationnelle.
Les bénéfices nets
Les bénéfices nets (earnings) — la métrique la plus utilisée — retranchent encore deux choses : les intérêts payés (si j'ai de la dette) et les impôts.
Si je paie 50 € d'impôts sur mes 200 € de bénéfice opérationnel, il me reste 150 € de bénéfice net sur 400 € de ventes, soit une marge nette de 37,5 %. C'est ce qui me reste dans la poche une fois tous les coûts payés.
Les ratios de valorisation
L'EPS (bénéfice par action)
L'EPS (earnings per share, ou BPA en français) est probablement le ratio le plus important. Imaginons que j'ouvre le capital de mon glacier en le découpant en 1 000 actions : j'en garde 600 (60 %) et je vends les 400 restantes à mes proches pour lever du capital et acheter un camion.
Toutes les entreprises cotées fonctionnent ainsi (avec des centaines de milliers, voire des millions d'actions). Mon EPS est de 0,15 € (150 € de bénéfice ÷ 1 000 actions) : chaque action donne droit à 15 centimes sur les bénéfices nets.
La market cap et le prix de l'action
Si je vends chaque action 10 €, mon entreprise a une market cap de 10 000 € (1 000 × 10 €). J'ai levé 4 000 € (400 actions), et ma part théorique restante vaut 6 000 €.
C'est exactement ainsi qu'est calculé le patrimoine des plus grandes fortunes : la somme de leurs actions × le prix du marché. Ce n'est pas du cash — personne n'a des milliards sur un compte bancaire.
Le PE (price to earnings)
Le PE (ou PER, price to earnings ratio — c'est la même chose) = prix de l'action ÷ EPS. Ici : 10 € ÷ 0,15 € = PE de ~66. L'action est valorisée 66 fois ses bénéfices, ce qui est considéré comme très cher.
Un PE « standard » tourne autour de 15 (au-dessus, c'est cher ; en dessous, pas cher). Mais cette règle ne vaut pas pour toutes les entreprises : le PE doit se regarder au cas par cas selon la qualité du business. On ne valorise pas Mastercard ou Nvidia comme TotalEnergies.
Le Forward PE
Grâce à mon camion, je peux désormais faire plusieurs fêtes de village. Après calculs (amortissement du camion sur 5 ans, carburant…), je prévois 500 € de bénéfice l'an prochain (contre 150 €), soit +233 % de croissance et un EPS N+1 de 0,50 €.
Mon Forward PE (le PE anticipé) = 10 € ÷ 0,50 € = 20. Bien plus raisonnable ! L'entreprise paraît chère aujourd'hui, mais pas tant que ça si les prévisions se réalisent. C'est pourquoi, pour les entreprises de croissance, le PE seul est trompeur : Nvidia affiche souvent un PE de 40-50 mais un Forward PE de ~20-23. La réserve : cela suppose que les bénéfices soient réellement réalisés.
Le PEG (price/earnings to growth)
Le PEG intègre la croissance = PE ÷ taux de croissance. Ici : 66 ÷ 233 = 0,28.
Même logique que le PE (plus il est bas, moins c'est cher) :
< 1 : très bon.
entre 1 et 2 : moyen (Google est vers 1,6-1,8, de mémoire).
> 2 : cher.
Mon glacier est l'exemple typique d'une entreprise de croissance : un PE élevé qui ne veut rien dire, car une croissance de 233 % la rend finalement peu chère au regard du Forward PE et du PEG. (Le PEG peut se calculer sur la croissance prévue ou historique, sur 1, 5 ou 10 ans.)
Les ratios de rentabilité
Le ROI et le ROE
J'ai levé 4 000 € pour financer mon camion, qui m'a permis de générer 500 € : mon ROI (return on investment) est de 12,5 % (500 ÷ 4 000).
Le ROE (return on equity) mesure la rentabilité de tous les capitaux propres. Sur mes 10 000 € de capitaux propres : 500 ÷ 10 000 = 5 %. Si en N+2 je fais 1 500 € de bénéfice, mon ROE monte à 15 %.
Le ROIC
Pour faire ces 1 500 € en N+2, j'ai dû acheter un second camion — mais cette fois en empruntant 4 000 € à la banque (de la dette, pas de l'equity).
C'est là qu'intervient le ROIC (return on invested capital), qui intègre aussi la dette : 1 500 ÷ 14 000 (10 000 € de capitaux propres + 4 000 € de dette) = 10,7 %.
De bons retours sur capitaux se situent au-dessus de 15 %. Un ROE et un ROIC maintenus au-dessus de 15 %, idéalement en croissance, sont un signal très positif.
L'exemple concret de Microsoft
Sur Microsoft : un EPS de ~16 $ (119 milliards de bénéfices ÷ 7,4 milliards d'actions), une marge nette de 39 %, un ROE de 33 %, un ROIC de 21 %. Côté valorisation, un PE actuel autour de 26, contre une médiane de 34 sur 5 ans et 33 sur 10 ans.
Conclusion : comprendre plutôt que retenir
La bourse emploie beaucoup de termes compliqués pour pas grand-chose : ramenée à un glacier, c'est intuitif — c'est juste du business.
Le point clé : ces ratios doivent être compris, pas seulement retenus. Connaître le calcul est une chose, savoir interpréter en est une autre. Le PE est par exemple inutile pour un serial acquirer (dont les dépréciations/amortissements faussent le calcul) : on privilégie alors le free cash flow. De même, le ROCE est parfois plus pertinent que le ROIC selon la dette prise en compte. Il faut comprendre l'histoire derrière les chiffres.
Et vous, quels ratios utilisez-vous le plus dans vos analyses ?
Ceci n'est pas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches avant toute décision.