
L’ETF parfait pour une Rente ? (500€/mois)
ETF covered call (JEPQ, JEPI, JEPG) : du 9 % de rendement, mais quel piège ?
Aujourd'hui, on parle d'ETF — ce qui change un peu. Non que je sois devenu un gourou des ETF, loin de là : je reste convaincu que le stock picking, et notamment une stratégie quality long terme, est bien meilleur pour la croissance. Mais on ne va pas parler d'ETF capitalisants ici. On va parler d'ETF à options, et de trois en particulier : le JEPQ, le JEPI et le JEPG.
Ces ETF m'ont été présentés dans une analyse de portefeuille réalisée sur la chaîne Bagger avec Antoine (Clarifinance) — je vous recommande d'aller la voir.
Qu'est-ce qu'un ETF à options (covered call) ?
Ce sont des ETF exposés à des indices boursiers avec une stratégie de covered calls (options d'achat couvertes).
Une option d'achat, c'est simple : un acheteur verse une prime (disons 10 €) et, en échange, si le prix de l'action dépasse un certain seuil (disons 20 €), le vendeur s'engage à la lui vendre à ce prix.
Si le prix grimpe à 40 €, le vendeur doit quand même vendre à 20 € — il encaisse 30 € au total (20 € + les 10 € de prime), alors que l'action en vaut 40. Il est donc « perdant » sur la hausse.
Si le prix ne dépasse pas 20 €, le vendeur garde ses actions et les 10 € de prime.
Le principe de ces ETF : ils vendent des options, encaissent les primes, et les reversent aux actionnaires sous forme de « dividende ». Cela couvre la volatilité à la baisse et génère un revenu, mais on plafonne le gain en cas de hausse.
Les trois ETF de JP Morgan
JEPQ : exposé au Nasdaq (92 positions), le plus gros rendement (~9 %/an) et le plus populaire.
JEPI : exposé au marché américain plus large (237 positions), rendement d'environ 7 %/an.
JEPG : exposé au marché mondial (238 positions), rendement d'environ 7 %/an.
Où est le loup ?
Comment ces ETF génèrent-ils 9 % par an quand les meilleurs ETF dividendes peinent à atteindre 3-4 % ? (Le Fidelity US Quality Income, FUSD, ne fait que 1,43 % ; le SPDR S&P 500 Dividend Aristocrats, SPYD, à peine 2,08 %.)
Il faut comprendre la différence dividende vs volatilité :
Un ETF dividende sacrifie la performance long terme en s'exposant à des entreprises à fort rendement — généralement plus matures, à croissance plus faible, parfois avec des business models mourants.
Un ETF covered call ne choisit pas des entreprises médiocres : il prend les meilleures (les 92 plus grosses du Nasdaq 100 pour le JEPQ), mais revend leur performance sous forme de primes.
Concrètement, sur un an, dividendes inclus, le JEPQ fait aussi bien que le S&P 500 (~22 %). Mais si l'on retire les dividendes (qui sont en réalité les primes reversées), la performance chute à ~11 %, et un gros écart se creuse : le JEPQ sous-performe alors nettement l'indice.
Autrement dit, le surplus de performance a été troqué contre des primes et reversé aux actionnaires. C'est ça, le cœur du mécanisme.
Face aux ETF dividendes classiques (FUSD, SPYD), le JEPQ surperforme largement dividendes inclus : meilleur rendement et meilleure performance totale.
Le compromis
Il y a forcément un compromis : vous sacrifiez l'espérance de gain à long terme (la croissance) contre un revenu immédiat. Est-ce mal ? Non. Est-ce intelligent ? Cela dépend de vos objectifs. Le comportement selon les marchés :
Marchés en baisse : l'ETF baisse moins (volatilité réduite par les options).
Marchés stables : l'ETF reste stable et verse un gros rendement.
Marchés en hausse : c'est là le vrai sacrifice — gros rendement, mais performance bien en dessous de celle du marché.
C'est justement pour cela que le JEPQ (Nasdaq) est le plus intéressant : le Nasdaq 100 est l'indice le plus performant et le plus volatil, donc celui qui offre le plus de performance à troquer contre du rendement. D'où sa popularité.
Pour qui ces ETF sont-ils pertinents ?
Ils sont pour moi complémentaires d'une stratégie de croissance / quality. Dans mon cas, l'essentiel de mon portefeuille est exposé à 15 actions quality de croissance sur le long terme (top 6 : Google, ASML, Applied Materials, Fortinet, Amazon, Mastercard — plus de 60 % du portefeuille).
En parallèle, je cherche à développer une source de revenu passif stable sur ma holding pour couvrir mes frais fixes (~500 €/mois : comptable, frais administratifs…). Les deux stratégies ne sont pas antinomiques : une poche croissance pour faire grossir le patrimoine à long terme, une poche plus petite pour générer un revenu à court terme.
Combien ça rapporte concrètement ?
Avec 10 000 € investis :
ETF | Rendement annuel | Par mois |
|---|---|---|
JEPQ | ~920 € | ~76 € |
JEPI | ~737 € | ~61 € |
SPYD | ~208 € | ~17 € |
FUSD | ~143 € | ~11 € |
Pour viser 500 €/mois de rente, il faudrait investir environ 65 000 € sur le JEPQ, 81 000 € sur le JEPI, 288 000 € sur le SPYD et 419 000 € sur le FUSD. Il n'y a pas photo : le JEPQ est le plus intéressant.
Ma conclusion : JEPQ ou dividende ?
Je vais ouvrir une position sur le JEPQ en parallèle de ma stratégie quality, car cela offre le meilleur des deux mondes : le quality avec ~0-1 % de rendement mais 100 % de croissance, et le JEPQ avec quasi 100 % de rendement mais 0 % de croissance.
En étant pragmatique, il est très dur de s'intéresser aux deux à la fois. L'investissement quality (surtout la tech, les semi-conducteurs, les logiciels) est ce qui me passionne ; je n'ai en revanche que peu d'envie d'analyser des boîtes dividendes. Or une rente fixe reste importante comme matelas de sécurité. La solution : garder mon énergie d'analyse sur la partie quality (la plus importante pour la performance) et déléguer le rendement à un ETF — le JEPQ, qui fait en plus mieux que les actions dividendes que je pourrais choisir (celles-ci dépassent difficilement 5-7 %, contre 9 % ici).
Pour moi, c'est un no-brainer. Je vais tester progressivement, probablement à hauteur de 1 000 € début juin.
Vais-je réallouer ma poche dividende actuelle (Canadian Natural Resources et Pernod Ricard) ? Pour l'instant, je conserve. Canadian Natural Resources, c'est sûr, je ne la revendrai pas : très qualitative, exposée au pétrole et aux matières premières (que je n'ai pas ailleurs). Pernod Ricard est plus incertaine : la fusion avec Brown-Forman semble en difficulté (l'antitrust s'en mêle) et l'entreprise peine à sortir la tête de l'eau — mais je préfère toucher mes dividendes avant d'envisager une vente, peut-être dans un an, pour réallouer vers le JEPQ.
Et vous, si vous êtes positionné sur le JEPQ, quel est votre ressenti ?
Ceci n'est pas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches avant toute décision.