
De 0 à 100 000€ : Ne faites pas ces Erreurs
Mes plus grosses erreurs en bourse (et les leçons à en tirer)
Aujourd'hui, une petite rétrospective de ce que je considère être mes principales erreurs en bourse — et surtout les leçons à en tirer. L'occasion est toute trouvée : mon portefeuille vient de franchir les 100 000 €. C'est officiel.
On dit que c'est le palier le plus difficile. Comme le résumait Charlie Munger (souvent attribué à Warren Buffett) : « The first 100k is a bitch. » Les 100 000 premiers euros sont les plus durs à atteindre, pour rester poli. Je pense pouvoir retracer trois ou quatre erreurs principales, en espérant vous éviter de faire les mêmes.
Trois phases dans mon parcours
Il m'a fallu environ 3 ans pour passer de 10 000 € (mars 2023) à 100 000 € (mai 2026). Si je pouvais passer de 100 000 € à 1 million dans le même délai, ça me plairait bien — mais je n'y crois pas.
Je découpe mon parcours de stock picking en trois phases :
Phase 1 (début 2022 – fin 2023) : le 100 % ETF. J'ai commencé exposé à 85 % MSCI World et 15 % Emerging Markets, avant de tout rebasculer sur S&P 500 et Nasdaq. Durant cette période, mon portefeuille a suivi de très près le S&P 500, puisqu'il était majoritairement en ETF.
Phase 2 (2024) : l'année des erreurs. C'est là que j'ai acheté plein de boîtes que je n'aurais pas dû acheter. Ma performance en a énormément pâti, notamment à cause de mon PEA, et j'ai drastiquement sous-performé le S&P 500.
Phase 3 (depuis début 2025) : la reconcentration. J'ai vendu toutes les positions problématiques et recentré le portefeuille sur mes meilleures idées, avec beaucoup plus de tech — le secteur que je comprends le mieux (je suis développeur, j'utilise ces outils au quotidien) et sur lequel j'ai le plus de conviction. Être exposé à plus de 60 % à la tech ne me dérange donc pas. À partir de là, mon portefeuille a recommencé à surperformer le S&P 500.
Sur la seule poche actions (depuis novembre 2022), je suis quasiment toujours au-dessus du S&P 500 — sauf sur cette longue période de 2024 où j'étais quasi flat : autant de positions tiraient vers le haut que vers le bas. Une fois ces boulets largués et le portefeuille reconcentré en 2025, la performance est repartie à la hausse.
Les erreurs du PEA : acheter pour remplir
Quand j'ai commencé le stock picking, j'ai voulu remplir mon PEA — un peu comme tout investisseur français — parce que je trouvais ça « sexy ». Résultat : j'ai fait n'importe quoi.
LVMH : ma première erreur, achetée beaucoup trop cher. C'était une grosse ligne, pas anecdotique. Sa chute correspond exactement à ma période flat. Revendue fin 2024.
L'Oréal : même histoire, achetée trop cher, revendue.
Dassault Systèmes : achetée fin 2023, vendue fin 2024. Achat complètement raté.
Evolution AB : probablement ma plus grosse erreur de jugement, mais une erreur de débutant. Sur le papier, tout pour être exceptionnelle (fort avantage compétitif, super produit, marché en croissance). J'ai fini par couper mes pertes car je n'avais plus confiance dans le management, dont le discours devenait de plus en plus flou. J'ai bien fait : aujourd'hui, c'est une catastrophe (le dividende serait même menacé).
À noter : je distingue ces erreurs des simples arbitrages ou des ventes contraintes. Les trois ETF (CW8 MSCI World, Xtrackers PEA World, Emerging Markets) ont été vendus car Amundi les a basculés en ESG — j'ai tout réalloué sur le S&P 500. Dutch Bros, Berkshire, MSCI, Visa : des arbitrages pour concentrer le capital, pas de mauvaises boîtes.
Adobe : une petite erreur récente
Achetée en début d'année avec déjà peu de conviction — et encore moins aujourd'hui. J'ai clôturé cette petite ligne (1 000 €) et réalloué vers Constellation Software, un bien meilleur move pour jouer la baisse des software. Sans grande conséquence.
Apple : ma plus grosse erreur
Apple a été à un moment ma plus grosse conviction, avec un excellent PRU (~160 $), accumulée fin 2023-début 2024. Je l'ai revendue l'été dernier pour deux raisons qui m'avaient fait perdre confiance dans le management :
La WWDC 2024 et Apple Intelligence, un fiasco. La publicité (avec l'actrice de The Last of Us demandant à Siri de lui rappeler un nom) était mise en scène : Siri en est incapable, ce qui a valu à Apple un procès pour publicité mensongère.
La WWDC 2025 et Liquid Glass : des versions d'iOS et macOS bourrées de bugs à la sortie, avec des problèmes de lisibilité et un design douteux.
Ces deux événements m'avaient convaincu qu'Apple n'avait plus sa place dans mon portefeuille. C'est clairement ma plus grosse erreur.
Pourquoi ? Parce qu'Apple a su pivoter — peut-être malgré elle — et se positionne aujourd'hui comme le potentiel leader de l'IA on-device : puces maison, Neural Engine dans les iPhone et MacBook, et surtout des Mac Mini et Mac Studio en rupture de stock partout, car ils servent à faire tourner des agents et des LLM locaux (via Ollama, etc.).
L'avantage compétitif clé : la RAM unifiée. Apple concentre CPU, GPU et RAM dans une puce unique, la mémoire étant partagée entre CPU et GPU. Un Mac Studio avec 128 Go de RAM offre donc 128 Go disponibles pour le GPU afin de faire tourner un LLM local. Sur un PC classique, la RAM du CPU est séparée de la VRAM de la carte graphique (32 ou 64 Go sur les dernières Nvidia), et seule cette VRAM sert aux LLM on-device. D'où le meilleur rapport qualité-prix des Mac pour l'IA locale.
Ajoutez le changement de CEO (très bullish selon moi), le futur MacBook, et d'excellents derniers résultats : Apple a toutes les cartes en main. J'y consacrerai une analyse dédiée. (C'est d'ailleurs ce même narratif sur la mémoire vive qui m'a poussé à acheter du SK Hynix.)
Les leçons à retenir
1. Ne pas acheter des boîtes moyennes juste pour remplir le PEA. Le PEA, c'est bien, mais beaucoup de valeurs y sont médiocres. Ne le remplissez pas pour le remplir, et n'achetez jamais trop cher.
2. Ne pas hésiter à couper ses pertes. Quand j'ai vendu Evolution AB, beaucoup m'ont dit « il ne faut jamais vendre ». Mais quand une boîte chute, ça ne veut pas dire qu'elle ne peut pas aller plus bas. Quand la confiance est cassée et que le management commence à mentir, il faut vendre. Savoir couper et réallouer le capital ailleurs est clé.
3. Concentrer son capital dans ses meilleures idées. N'ayez pas 50 lignes : ce serait l'enfer à suivre, et vos meilleures idées seraient diluées. Ou alors, faites « à la Peter Lynch » — beaucoup de positions, mais un top 5 pesant plus de 50-60 % du portefeuille.
Le mot de la fin
Non, il n'est pas impossible de battre le marché. Arrêtez d'écouter les gourous des ETF : pour un particulier, c'est même assez simple, car sa situation n'a rien à voir avec celle d'un gérant de fonds professionnel. Il suffit d'acheter des boîtes de qualité, à un bon prix, et de les garder le plus longtemps possible.
Et vous, où en êtes-vous dans votre parcours ? Quels sont vos plus gros succès et vos plus grosses erreurs ?
Ceci n'est pas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches avant toute décision.