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Mastercard, Pernod Ricard, Hermès et LVMH : quatre dossiers décortiqués
Aujourd'hui, on parle de quatre entreprises qui ont beaucoup à dire en ce moment : Mastercard, Pernod Ricard, Hermès et LVMH. Il y a de vraies opportunités, mais aussi de vrais pièges. Décryptage.
Mastercard (et Visa) : la baisse crée une opportunité
Tout ce qui vaut pour Mastercard vaut aussi pour Visa — les deux boîtes sont quasi identiques, c'est une question de préférence (j'ai un faible pour Mastercard).
Mastercard baisse depuis août 2025 (~–25 % depuis ses plus hauts), l'une de ses plus grosses baisses hors Covid. Pour une boîte toujours chère, cela crée une opportunité : elle est dans ma watchlist à ~15 % de rendement estimé (prix juste à 593 $ avec 14 % de croissance des FCF par action et un multiple final de 28, soit une marge de sécurité de 15 %). Visa est à ~13 % de rendement (prix juste à 309 $).
Plusieurs facteurs pèsent sur le titre :
Le plafonnement des taux d'intérêt des cartes de crédit à 10 % aux US (une annonce de Trump, pas encore votée). Mastercard est un réseau, pas un prêteur, mais si les banques émettrices (JP Morgan, Citi…) deviennent moins rentables, elles pourraient réduire les avantages des cartes et renégocier les frais versés au réseau. Une étude évoque 100 milliards de dollars de revenus d'intérêt en moins par an pour les banques.
La pression réglementaire, surtout en Europe : au Royaume-Uni, la haute cour a confirmé mi-janvier 2026 le pouvoir du régulateur de plafonner les frais d'interchange transfrontaliers, rejetant le recours de Visa et Mastercard. Des plafonnements menaceraient directement leurs marges.
Des litiges : Mastercard a provisionné plus de 500 millions de dollars pour des litiges avec des commerçants jugeant les frais trop élevés. Ces frais « cachés » sont dans le collimateur des gouvernements. Un duopole attire toujours les régulateurs.
Mais la vraie grande menace, c'est l'account-to-account (A2A) : les paiements alternatifs qui ne passent pas par les cartes. Très en vogue en Amérique latine et en Asie (via QR codes, de compte à compte, sans intermédiaire). Là où une carte prélève 2-3 % de frais, l'A2A via open banking descendrait à 0,3-0,5 % — pour un supermarché, l'économie se chiffre en centaines de millions.
Plusieurs signaux : en Europe, le règlement sur les paiements instantanés (octobre 2025) oblige les banques à proposer le virement instantané au prix d'un virement classique (souvent gratuit). Et les succès de Pix (Brésil) et UPI (Inde) montrent que si l'UX est fluide, on n'utilise plus sa carte. À la réflexion, on est déjà habitués à Apple Pay / Google Pay : scanner un QR code offrirait une expérience similaire, avec peu de friction.
Cela dit, Visa et Mastercard ne restent pas les bras croisés : Visa a lancé son propre A2A début 2026 (virement instantané géré par Visa, avec protection acheteur), et a racheté des acteurs de l'open banking (Finicity, Tink, Plaid étant détenu par Visa). La menace n'est donc pas leur disparition à court terme, mais une compression des marges.
Ma conclusion : Mastercard reste un pari très solide et une opportunité aujourd'hui. Je ne sais pas encore si je la renforcerai (déjà une grosse position), mais l'A2A est à surveiller à moyen-long terme.
Pernod Ricard : le narratif n'a pas changé
Pernod Ricard, dans ma watchlist dividende à ~7 % de rendement, achetée en janvier-février. Pourquoi baisse-t-elle ? Des résultats décevants au 2ᵉ semestre 2025 : 975 millions d'euros de bénéfices, –18 % sur un an, à cause de :
La Chine (–27 % de ventes, faiblesse de la consommation).
Des problèmes de stocks aux US (un problème qui semble éternel).
Les tensions géopolitiques (menaces de taxes chinoises sur le cognac, droits de douane américains).
L'effet de change défavorable (euro renforcé).
Cela me rappelle un peu Evolution AB : des résultats de plus en plus mauvais, un management invoquant toujours les mêmes problèmes… au bout de 3 ans, ne devraient-ils pas être réglés ?
Deux problèmes de fond pèsent aussi sur le cours :
Le déclin de la consommation d'alcool. À nuancer fortement : la consommation globale baisse, mais pas la consommation « importante ». Le vin de consommation courante et le cidre se sont effondrés (on ne boit plus à chaque repas comme dans les années 60), mais l'alcool récréatif et social (spiritueux, champagne, bière) reste stable ou augmente. Or Pernod Ricard est majoritairement sur les spiritueux — je ne vois donc pas de problème structurel à ce niveau.
L'inflation et le risque de récession. Ayant poussé la premiumisation (hausse des prix, marques haut de gamme), Pernod Ricard pourrait souffrir si les consommateurs se rabattent sur des concurrents moins chers. Cela pourrait comprimer des marges pour l'instant stables.
Sur la dette, tout le monde s'inquiète, mais en dézoomant, le ratio dette nette/EBITDA (~3) est dans les niveaux habituels de Pernod Ricard depuis 10-15 ans — rien d'alarmant tant qu'on ne passe pas à 4-5-6. En revanche, il faut surveiller le dividende : le payout ratio est élevé (74 % des bénéfices, 107 % du free cash flow au 30 juin 2025), ce qui signifie que Pernod Ricard verse plus que son free cash flow. Un signal négatif si les résultats continuent de baisser. Mais même divisé par deux, un dividende de 7 % laisserait 3,5 %.
Rien d'alarmant pour l'instant, une période de transition. Je pourrais renforcer si elle continue de baisser.
Hermès : la meilleure du luxe, mais chère
Hermès baisse aussi (je suis passé en moins-value, ~–40 % depuis les plus hauts de 2 800 €). Or elle baisse pour des raisons peu justifiées : ses fondamentaux restent excellents, bien meilleurs que ceux de LVMH.
Comparaison sur les deux dernières années :
Bénéfices : Hermès +6 % puis –1 % ; LVMH –17 % puis –13 % (effondrement).
Revenus : Hermès +12 % puis +5 % ; LVMH –1 % puis –4 %.
Hermès affiche des marges et retours sur capitaux stables, peu de dette, beaucoup de cash et de free cash flow. LVMH, à l'inverse, subit une baisse sur tous les tableaux et une dette en hausse.
Pourquoi Hermès baisse-t-elle alors ? Le secteur du luxe entier prend cher : choc géopolitique et énergétique (Iran), aversion au risque sur la consommation discrétionnaire, droits de douane américains de 10 % sur l'UE (effectifs depuis début 2026), et normalisation de la Chine (crise immobilière, baisse de fréquentation). HSBC anticipe un T1 2026 décevant pour le luxe. Hermès résiste bien mieux, mais se fait absorber dans le tourbillon.
Attention toutefois : Hermès est extrêmement chère (42 de PE, médiane à 48 sur 10 ans, plus-haut à 92 en 2021). Une correction n'est pas malsaine. Je pense qu'elle peut continuer de baisser, et je ne la renforcerai pas à ces niveaux — je préfère Amazon ou Mastercard. Prix juste à ~1 900 €, mais je l'attendrais plutôt vers 1 200-1 400 €.
LVMH : le dossier le plus compliqué
LVMH a, elle, un potentiel baissier encore conséquent (~–45 % depuis les plus hauts de 2023, prix juste à ~468 €), car elle paie de mauvaises décisions stratégiques :
Une réputation abîmée par le bas de gamme : des scandales ont montré des produits fabriqués dans des usines chinoises, de qualité médiocre au regard du prix. À l'inverse, Hermès reste de l'artisanat fait main en France — un prix élevé mais justifié.
Le scandale de l'été 2025 en Italie : la justice milanaise a épinglé des sous-traitants (dont Loro Piana) pour des conditions de travail proches de l'exploitation, écornant le mythe de l'artisanat.
Le « wokisme » et des positionnements politiques ayant généré du bad buzz, endommageant l'image de Louis Vuitton (perçue comme ostentatoire).
Or Louis Vuitton représente à elle seule une part énorme du groupe : le segment Fashion & Leather Goods pèse ~46 % des ventes mais plus de 70 % des bénéfices. Si Louis Vuitton a des problèmes de réputation et de qualité perçue, ce sera très compliqué.
S'ajoute la succession de Bernard Arnault, sans successeur officiel désigné. J'ai vendu LVMH en novembre 2024 et je ne compte pas y revenir — au mieux sous les 400 €, voire sous 300 €, où son rendement dividende pourrait l'amener dans mon portefeuille dividende.
En résumé
Mastercard : très bonne opportunité, potentiellement à renforcer, mais je lui préfère Amazon pour l'instant.
Pernod Ricard : pas pressé, période de transition, dividende à surveiller.
Hermès : la meilleure du luxe, mais trop chère — pas ma priorité.
LVMH : encore beaucoup de place pour baisser, je reste à l'écart.
Ma préférence pour avril se porte sur Amazon — une marketplace parmi les plus résilientes au contexte géopolitique et inflationniste (la hausse des prix s'équilibre, les marges restent stables), à condition qu'elle reste sur des niveaux attractifs.
Et vous, que pensez-vous de ces quatre dossiers ?
Ceci n'est pas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches avant toute décision.